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Un pas vers le minimalisme

Geev est mon nouvel ami. Une asso m'a approchée par ce moyen et je me suis mise à faire un tri frénétique. Pour les femmes à la rue, Féminité Sans Abri, je vais donner 20 strings car j'ai renoncé à en mettre, 5 soutifs, des dizaines de bijoux, parures, bagues en argent ayant appartenu à ma mère, bijoux fantaisie que je ne porte jamais, des pochons, pochettes, trousses de toilettes récupérées au fil des achats auprès des marques... quelques accessoires de manucure et autres... Pour apporter un peu de coquetterie et de joie de Noël à des femmes que ça rendra bien plus heureuses que mes tiroirs.

Cela me fait un bien fou, un immense sentiment de justesse et de légèreté. Donner aux choses leur bonne place. Libérer mes placards, me débarrasser du poids du passé pour mieux bondir vers l'avenir en m'offrant une route vers l'Essentiel.

Je suis prête.

Je n'ai ni remords, ni tristesse à me séparer de certaines choses qui ont eu une signification pour moi. telle bague achetée au top de ma relation avec un ex, à Nice, sur un marché nocturne de fantaisies, un souvenir très précis. Je me souviens de mon hésitation à choisir ce verte eau plutôt qu'un autre coloris, cette couleur que j'aime toujours, ce garçon qui me l'offre... Nos rires, ma fierté, notre complicité disparue depuis.

Ce cordon de cuir avec la croix égyptienne en argent et la bague assortie, que j'ai ramenés de mon unique voyage inoubliable en Egypte, une croisière sur le Nil, ce pays incroyable où j'ai ressenti comme nulle part ailleurs sur Terre une vibration, comme si la nature était enchantée. Malgré tout, je n'éprouve pas le besoin de garder ces objets que je ne porte plus.

Ces parures Yves Rocher envoyées par ma mère qu'elle gagnait comme cliente dépensière, aux couleurs tellement bien assorties à des vêtements que j'avais à une époque que je les ai souvent portés avec succès. Autres temps, autre style... Ce bracelet de brillants que j'avais acheté à l'occasion de mon mariage (mais j'en ai tellement d'autres achetés à cette occasion que celui-ci peut être donné). De jolies broches (on en porte encore en 2020 ??).... des boucles d'oreilles, des pendentifs, neufs, à quoi bon attendre encore des occasions de les porter puisqu'au bout de 10 ou 20 ans je n'y songe jamais !

Demain, j'attaque les pulls, les crayons de couleur, les doudous et les jouets pour les enfants des rues car malheureusement ça existe encore en France.

Chaque don, une histoire... J'ai même eu la surprise de rencontrer un jeune homme qui a fait 20 minutes de trajet pour récupérer une flûte à champagne, rescapées de mes 20 déménagements, dont le pied en verre est la gravure de "2000" car c'est un vestige du passage à l'an 2000, une flûte remplie de gravier anthracite étincelant et surmonté d'une bougie neuve, d'origine, une déco kitch souvenir collector de cette période où on croyait que tous les systèmes informatiques allaient bugguer en passant le 31.12.1999... et c'était pour l'offrir à son petit frère né en 2000. C'est fou comme cet objet que j'ignorais avoir gardé 20 années, retrouvé au fond d'un garage va avoir une nouvelle vie.

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Une époque indescriptible

Nouvelle vie dans une époque que je ne saurais qualifier. Tout d'abord, ma coach qui me dit qu'écrire avec un stylo et un papier ne mobilise pas les mêmes ressources du cerveau que de taper sur un clavier, et que cela ne produit pas les mêmes bénéfices. Il faudrait préférer le bon vieux papier. Oui certes bon, c'est plus compliqué ensuite de publier mes graffitis sur ce blog. Alors me revoici, stupéfaite d'avoir été silencieuse près de 4 ans. J'ai tellement eu envie d'écrire, tellement de choses à raconter, et surtout tellement envie de ne pas oublier ces moments de ma vie. Car les écrire, les relire, m'a toujours fait réfléchir et avancer. Je pense que c'est de là que je tire mon assurance. Car de confiance en moi, j'en ai pas plus que la moyenne basse.

Bref, alors expliquer mon titre d'article. Le coronavirus Covid-19 a attaqué l'être humain et la politique de tous les pays s'en est trouvée chamboulée. Et subséquemment la vie de tous les citoyens que nous sommes. Les gens bien portants se sont retrouvés confinés chez eux sous peine d'amendes, les malades difficilement identifiés avec des tests dont on ne connaît pas bien le taux de faux positifs ou de faux négatifs, les personnes saines intimées de porter le masque dans la rue et dans tous les locaux, les bons commerçants, les gros, les petits, les précaires, hum en fait presque tous interdits d'exercer. Oui, voilà le monde de fous dans lequel mes enfants sont soudainement projetées depuis le 13 mars 2020. Depuis ce jour-là j'ai arrêté de travailler à la Sécu et depuis le 16 mars, la France est partie en confinement. Ah oui, il y a eu une reprise d'activité après le premier Grand Confinement, le 11 mai ils se sont dit c'est la cata pour l'économie, hop on renvoie les parents au boulot. Ils avaient inventé le chômage partiel, indemnisé à hauteur de 84%, pour les confinés, mais ça devenait chaud. J'ai refusé de remettre mes filles à l'école qui avait réouvert, pour 2 raisons : d'abord parce qu'après nous avoir bassiné avec des taux de mortalité du Covid-19, l'insuffisance de lits en réanimation, le débordement des hôpitaux et la souffrance des soignants en manque de moyens, le gouvernement en déroute ne m'apportait aucun élément suffisant pour me sentir rassurée quant à la sécurité sanitaire. Deuxièmement, parce que la cadette y était refusée, les maternelles restaient fermées.

Math était d'accord alors j'ai gardé les enfants et poursuivi l'école à la maison. Le 22 juin, les maternelles ont réouvert timidement. Jusqu'au 3 juillet... Sans commentaires. J'ai remis les filles à l'école après avoir observé le calme relatif depuis le 11 mai. Elles le souhaitaient et je commençais un burn out.

Ensuite les vacances, la négociation avec mon employeur pour une rupture conventionnelle. Refusée. Une odyssée entre mon médecin, ma psychiatre et la médecine du travail pour faire reconnaître ma souffrance au travail, mêlée à une peur panique incontrôlée de ce nouveau monde menaçant, face à ce petit ennemi invisible qui semblait terrasser tant de vies et à l'insuffisance totale de mesures sanitaires sur mon lieu de travail où j'ai eu la bête (ou lumineuse !) idée d'aller déposer en personne mon 1er arrêt et où j'y ai vu l'inverse de tout ce qui se pratiquait désormais.

Les gens se côtoyaient gaiement comme si de rien n'était, aucun sens de circulation (pourtant parfaitement possible), pas de masques, pas de gel, un individu collègue arrivé et positionné collé à mon poste de travail sans aucune distanciation. Je passais pour une alien. L'alien est partie en courant. Je savais que je ne reviendrais plus jamais là.

J'ai commencé une nouvelle descente aux enfers. Burn-out parce que pendant la période du 20 mars au 30 juin, j'ai monté avec Math un drive fermier bénévole qui consistait à mettre en relation tous nos proches ayant besoin de produits frais et les commerçants du marché de Blagnac qui a longtemps été interdit d'exercer aux conditions normales d'un marché de plein vent. Je n'ai jamais autant travaillé de ma vie. Avec les moyens du bord, Excel, calculette et WhatsApp... jusqu'à 20h par jour. Recevoir des livraisons de dizaines de paniers de légumes, jusqu'à 120kg de fraises le mercredi "jour des fraises", des dizaines de volailles, 400 oeufs et plus encore à conditionner dans des boîtes de 12 ou de 6, des fruits, des empanadas, des huîtres, des macarons, du miel, des truites bio, du poisson, du fromage, des centaines de kilos de farine, de lentilles et autres, du vin par caisses... Prendre les commandes, promouvoir les produits du marché par un joli catalogue à mettre à jour, compiler, commander, recevoir ou aller chercher, vérifier, corriger, conditionner, compter, payer, livrer en mode drive dans les conditions sanitaires requises, livrer parfois, récupérer les sommes, faire du recouvrement souvent, faire la compta, chercher des idées, améliorer, faire seule quand Math a été appelé à retourner sur site à temps plein... Je me suis épuisée. J'ai pensé créer sur cette lancée un vrai Drive, le premier drive fermier de Blagnac, avec un pourcentage pour le service rendu afin d'en vivre, j'ai créé un sondage habile qui m'a permis d'avoir de vraies données qui se sont avérées par la suite.... Mais j'ai craqué de fatigue et la solitude ne m'a pas relevée.

Puis juillet-août de repos, 4 jours bénis au bord de la mer. Retour juste à temps car la vague qui menaçait en Espagne était celle du Covid-19, encore. J'ai difficilement remonté la pente. Pas grâce à ma 1ère psy mais grâce à des coachs connues de bouche à oreille, qui ont fait des merveilles. Et aujourd'hui une nouvelle psy extraordinaire. J'ai eu une fois une crise de "je vais me tuer", comme la fois précédente où j'ai dû m'arrêter 14 mois. Ca m'a fait comprendre que j'étais mal en point. Je ne sais pas à quelle époque le lecteur de cet article se situe mais l'ambiance actuelle est totalement anxiogène. J'ai eu une période de léthargie. Incapable de me bouger. Au lit à regarder des choses qui me détendent et me distraient, comme me le recommandait les médecins. Puis une période d'activité intellectuelle où j'ai pris contact avec des organismes de reconversion et d'orientation professionnelle, où je me suis mobilisée et j'ai refait mon CV, scruté les annonces, je me suis interrogée sur mes souhaits d'avenir comme une ado.

Mais une tétanie totale sur la mise en route d'une action. Plusieurs pistes, aucune certitude. Une peur panique en croisant ces gens masqués dans la galerie commerciale. Des crises de larmes à m'asseoir par terre afin d'ôter discrètement mon masque pour pouvoir haleter. Je me focalisais sur des détails, retapais des meubles, au lieu de bêcher le jardin ou de poser les plinthes. Beaucoup de recherche de shopping qui n'aboutissaient qu'à des nuits de sommeil perdues et au final je n'achetais rien car je me rendais compte de la futilité de l'acte. Je suis seminimaliste. Pas tout à fait minimaliste mais en chemin.  Je ne me voyais pas réussir à m'extraire de cette sorte de paralysie. Puisque cela ne demandait aucun effort physique, je réussis à faire reconnaître mon inaptitude au poste par la médecine du travail. J'attends mon reclassement. Ce n'est que poudre aux yeux puisque je sais pertinemment qu'ils vont me proposer le pire des placards et que je refuserai pour demander ma mise en disponibilité. Ma coach m'a guérie des différents verrous qui me tétanisaient et bloquaient mon énergie. La preuve, je me suis même remise à écrire ce Journal !

Jamais je ne m'étais accordé ainsi du temps personnel. Ca fait du bien. La confiance est revenue, et trouver ma reconversion professionnelle a tout changé également. Je vais garder des enfants. J'aime ces petits bouts de choux au plus haut point et leur présence me ravit et me nourrit. Persuadée de pouvoir leur rendre toute cette énergie et cet amour qu'ils ont en eux, je me lance dans cette aventure loin de ma carrière de manager et de commerciale. C'est bizarre comme reconversion mais je n'ai jamais été à ma place dans les postes commerciaux. J'ai toujours détesté ça et exercé comme si c'était un jeu. Mais les objectifs de productivité demandés au détriment du respect des personnes et des commerces m'ont dégoûtée de cette activité. Je ne naviguais pas sur des produits de niche qui permettaient de se concentrer sur ce que j'estime indispensable : la qualité. J'ai exercé à une bonne époque commerciale. Gagné pas mal de sous. Tout dépensé. Réussi comme on dit, en autodidacte. Même si je n'étais que responsable et que je n'ai pas été jusqu'à des postes de direction. Mais soulagée d'en être sortie.

Les enfants sont les êtres les plus innocents, sincères, spontanés, fiables, gentils, riants, coopératifs, aimants et étonnants du monde. Les petitous me ressourcent et me comblent, leurs babillages m'enchantent et ma seule volonté est de m'amuser avec eux, de les sécuriser et de les accompagner sur le chemin de l'enfance. Malgré tous ces traits communs, ils sont tellement uniques... et drôles, curieux, malins, apprenants, participatifs, entraînants, joyeux... J'ai l'impression d'être la seule adulte enfant dans mon coin, tellement en osmose avec eux mais aussi tellement bien dans ma peau de maman, à pouvoir ainsi jouer sur les deux registres, être si complice avec eux et à la fois leur offrir un cadre, l'aide et les réponses dont ils expriment le besoin. Je ne veux plus côtoyer d'adultes traumatisés, mal dans leur peau, râleurs, moqueurs, égoïstes, frustrés, aigris voire méchants. C'est ennuyeux et fatiguant.

Math m'a dit il n'y a pas longtemps que j'étais une super maman. Il ne s'est pas étendu là-dessus et ne se rend pas compte à quel point c'est un jugement qui a énormément de valeur pour moi et qui m'a profondément touchée et réconfortée. Car il n'y a jamais personne pour reconnaître à une maman que, sans formation, en impro totale chaque jour à toutes les étapes de la vie, avec des outils, des ustensiles, des objets, des machines totalement nouveaux, au-delà d'un instinct primaire que toutes n'ont pas, une maman a énormément de mérite de réussir son travail comme elle le peut. C'est tout aussi spécifique que de réussir à lancer une fusée sans avoir appris à le faire. C'est être en poste 24h sur 24h. Sans être payée ni reconnue. Avec la responsabilité de la VIE de quelqu'un ! Souvent en plus d'un autre job à plein temps.

Mon meilleur atout c'est l'amour. L'amour que je n'ai pas reçu, l'amour que je n'ai pas pu donner, qui est resté caché en moi et qui a continué à grandir. J'en ai des mégatonnes et en couvrir mes filles et ma famille m'en laisse encore pour d'autres. Je suis quelqu'un de totalement fusionnel, de trop empathique qualifie ma psy, d'hypersensible, mais mon transport me caractérise et je ne renierai pas cet excès qui fait de moi la personne émotive et déjantée que l'on connaît :)

 

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Le jour où j'ai su de quoi je vais mourir

Ca fait vraiment super bizarre. Je l'ai découvert tout à fait par hasard. Cela faisait des mois que je ressentais une fatigue inouïe. Que nous mettions sur le compte de mon anémie génétique. Et puis je me suis mise à dormir 10h par nuit sans me sentir en pleine forme pour autant. Et puis 6 mois de kiné car j'ai mal au dos... ça soulage mais les douleurs restent présentes. Des journées de boulot à serrer les dents de douleur quand ma kiné n'a pas de créneau. Et puis fatalement - enfin, je ne devrais pas encore employer ce mot mais bon - les jours qui s'enchaînent avec des douleurs dans les articulations et un épuisement hors du commun. Je n'arrive plus à dévisser le capuchon d'une bouteille d'eau. Me retrouver seule avec le bébé est un calvaire physique. Je me décide pour un bilan sanguin.

Et les résultats tombent. Ferritinémie. Hématochromachose heu hématochromatose. Et en VF ??

Et les infos, facilement accessibles : stockage irréversible dans les articulations (ces chiennes qui me font souffrir), mort prématurée (même si ça ne veut pas dire demain), absence de traitement. Je pleure. Heureusement mon doux mari n'est pas là, mais les filles me regardent en silence. A cet âge, elles respectent ma douleur, mon angoisse qui coule, l'une a dix mois et l'autre, qui a quatre ans me prend dans ses bras et me dit "essuie tes yeux maman". Je pleure parce que j'ai pas envie de mourir. J'ai pas vraiment peur, je suis assez passée près de la Mort et je l'ai assez voulue pour qu'elle me soit familière. Mais ça, c'était avant. Quand on me faisait souffrir et que ma vie n'avait pas vraiment de sens. Aujourd'hui ça me saoule. J'ai plus envie de penser à la mort.

Après l'avoir tant voulu et tant essayé d'y arriver quand j'étais jeune et bête, je réalise maintenant à quel point ma vie a un but et j'aime tellement ma famille que je n'ai pas envie de disparaître trop tôt. Je ne verrai probablement pas ma cadette se marier, ni l'autre d'ailleurs, et cette idée m'est insupportable. Cette perspective ne m'avait pas effleurée mais sans le vouloir le papa l'a dit à haute voix pour me motiver à me "soigner" si je voulais assister un jour à ces noces. Je souhaite partir en les sachant aimées et protégées par leur moitié. Je me désole d'imaginer mon mari prématurément veuf. Je lui souhaite de rapidement retrouver une compagne et de ne pas souffrir de mon absence en solitaire. Il ne le mérite pas. Il est un être exceptionnel. Un mari merveilleux. Un père fantastique. Un compagnon, un ami unique. Bref, ma vie m'importe peu, je me sens juste tellement heureuse que je voudrais m'assurer de leur bonheur à tous en mon absence.

Je me demande pourquoi je chiale, me dis que c'est prétentieux. Qu'importe mon existence ? à part pour protéger et accompagner mes filles qui n'ont pas demandé à venir dans un monde aussi primaire, qui part en vrille depuis dix ans. Je pleure parce que si je ne meurs pas d'un accident, je risque des douleurs qui peuvent m'achever. Un empoisonnement invalidant. J'avais pas prévu de mourir comme ça. Ce n'est pas ce que je me souhaitais. En fait je pleure parce que comme tout le monde, une fois tournée la page lointaine de mes tentatives suicidaires, je ne pensais pas à ma mort, et que d'un seul coup je me souviens que je vais mourir. Je le pressens avec lucidité et chagrin. Je voulais voir ce que serait le monde de demain. Le monde de mes enfants. Dans quoi je les ai projetées en les mettant au monde. J'avais envie d'être présente pour les préserver en cas de danger ou de d'hostilité. Je voulais avoir le temps de leur transmettre ma capacité à rebondir, à faire face sans peur, à m'acharner.

Alors ? 

Puisque tu es si tenace, entêtée, motivée, cherche tous les moyens de "durer", même s'il n'y a pas vraiment de traitement ! Même si c'est effrayant de voir se rapprocher le mur, même si c'est difficile et semé de privations alimentaires. Mon courage va ici devoir faire ses preuves et n'aura d'égale que ma volonté de survivre. Le plus longtemps possible.

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Je déteste les moutons

Hier je me suis énervée 2 fois. Une fois parce qu'à mon grand étonnement une personne dont le père est un de mes contacts Facebook que je respecte et apprécie le plus (un diplomate ayant vécu la guerre d'Algérie et bien d'autres choses) a parlé de "ces pays" (lesquels ??) dans lesquels il est "inconscient d'aller en vacances" à la suite de l'attentat de Sousse de ce 25 juin 2015. Ça te semblera être un micro-événement dans l'Histoire, ma fille, quand tu seras en âge de comprendre ce qui s'est passé. Mais cet amalgame de la Tunisie (où je n'ai jamais mis les pieds mais qui ne m'inspire que le respect de par le peu de tunisiens que j'ai croisés dans ma vie parisienne) violemment attaquée, avec ses 37 morts et nombreux blessés, m'a fait réagir.

Je ne peux jamais m'empêcher de réagir pour quel que sujet que ce soit je vois qu'on mélange les genres, pour le principe, même si je ne me pose pas spécialement en défenseuse d'une cause. Je ne cesse de rappeler aux gens de vérifier les informations fausses qu'ils relaient parfois en croyant rendre service, d'éviter les lieux communs surtout quand ils ne connaissent pas le sujet, et de donner un minimum d'arguments pertinent à leur analyse de supérette. Ton père me critique souvent à cause de cela, il estime mon combat vain et inutile et n'y voit pas comme moi une liberté d'expression et le refus de consentir par le silence.

J'ai donc rétorqué à cette fille que les étrangers en vacances sur la plage mitraillée par un terroriste salafiste fou n'étaient probablement plus des personnes ayant les moyens de passer une semaine là-bas qu'une seule journée à Nice au même prix. Et que je préférais encore aller à Sousse donner mon fric pour aider les commerçants à se relever de ce qui va inévitablement détruire pendant quelques années leur gagne-pain du fait que les moutons de touristes vont déserter le coin. Je suis souvent hallucinée par ce type de raisonnement que tient aussi ton père : "à Sousse ça craint". Quoi "à Sousse ça craint" ?? Tu connais Sousse ? et à Paris et à New York et à Toulouse et dans ce bled de 6000 habitants en Isère nommé St Quentin Fallavier, dans toutes ces communes blessées par d'horribles attentats, ça craint ?? Hein ? Et tu connais personnellement Sousse, toi ? Non, je ne suis pas d'accord ! Ce qui craint, c'est la banlieue de Marseille, pas Sousse ! Et pourquoi rêve-tu d'aller à New York où un attentat envers les Twin Towers a décimé bien plus de monde ? De la peur naît la violence et l'ignorance engendre la bêtise.

Bref, j'étais agacée de la voir dire sur Facebook que ces touristes avaient "de la merde dans les yeux" en décidant d'aller là-bas. Loin d'avoir la certitude pour ma part que ce soit un réel choix pour tous, cette discrimination tandis que ton père et moi sombrons doucement dans la pauvreté depuis quelques années, je me sentais personnellement concernée par cette attaque peu étayée. Et quand elle répondit qu'au moins de Nice on en revient vivant, alors là je me suis énervée.

Parce que, ma chérie, outre l'attaque meutrière de Charlie Hebdo ce 7 janvier et l'affaire Merah en mars 2012 ici, il y a eu ce même 25 juin une attaque terroriste en Isère alors il va falloir qu'on me montre comment on est + en sécurité en France que ce soit dans une ville aussi paisible que Toulouse ou dans un bled de 6000 habitants comme St Quentin Fallavier. La personne qui écrivait et que tu ne connaîtras jamais et l'un de ses amis m'ont souhaité ironiquement de "bonnes vacances" en Tunisie et sont partis dans des délires du type "ahahaha leur filer ton fric pour qu'ils te crachent à la gueule et t'assassinent ou t'égorgent ensuite... ?????" (fin de citation) ce à quoi j'ai rétorqué "C'est vrai. Et surtout n'oublions pas de cracher à la gueule de ces 1,2 millions d'isérois vraiment pas fréquentables". C'est vrai quoi, les saint-quentinois seraient probablement ravis de l'entendre faire l'amalgame et penser si on suit son raisonnement, qu'ils sont des barbares sanguinaires alors que ce sont d'abord des victimes dont je suis terriblement solidaire. C'est un putain d'époque ma fille. Il y a beaucoup de gens comme elle hélas.

Ce fut ma dernière réponse et qui fut forcément incomprise de ces gens dont l'étroitesse d'esprit m'a définitivement éloignée.

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Mamanmifère

Ma chérie, mon amour,

J'ai besoin de coucher aujourd'hui l'ivresse que tu m'inspires. Quand tu te jettes dans mes bras, quand je te soulève et te serre contre moi, je sens la chaleur de ton petit corps, je te couvre de baisers goûlus alors que rapidement tu protestes... Tu n'es pas très câline, je me demande parfois pourquoi, peut-être parce que tu es un bébé d'automne, que nous n'avons pas souvent été peau à peau quand tu étais nourrisson, j'avais peur que tu aies froid et je te laissais souvent tranquille à te reposer dans ton landau en pyjama pour que tu sois libre de tes mouvements, pour t'observer sans t'étouffer...

Alors oui tu es devenue libre, tu ne ressens pas de contraintes, tu es libre et respectueuse, je te guide parfois mais la plupart du temps tu fais ce que tu veux et je te suis, je t'encourage, pour que tu développes ce avec quoi tu as des affinités, sans te brimer, sans te frustrer... Et je suis fière car tu n'as peur de rien, tu es ouverte, joueuse et joyeuse, tu es charismatique depuis ta naissance et tu n'as que 19 mois... Les gens t'aiment et t'admirent, et moi plus que les autres, je t'aime à la folie, passionnément. J'aime sentir ton odeur de bébé quand je t'embrasse et enfouis mon visage dans tes cheveux clairs, j'aime quand nous faisons un bisou esquimau, quand tu cours vers moi en criant maman !! maman ! je t'aime à en pleurer d'émotion, quand je pense à toi une euphorie me transporte, je ferais tout pour toi, et ce sentiment grandit chaque jour, loin de l'étrange étonnement craintif que j'ai éprouvé quand je t'ai vue pour la première fois, me demandant si j'allais bien t'aimer comme je t'aime aujourd'hui...

J'ignorais et je pense que toutes les femmes qui n'ont jamais eu d'enfant l'ignorent aussi, qu'il puisse exister ce sentiment de tendre adoration, similaire à l'abandon extatique que j'éprouve quand je me blottis dans les bras de ton père, mais différent car là c'est moi le poussin, je me laisse aller au sentiment de sécurité et de bien-être divin que procure le fait d'être totalement amoureuse de lui. Quand je te regarde dormir la nuit ou que je cherche tous les jours des cadeaux pour contempler par la suite ton visage émerveillé et heureux, je sais que rien d'autre ne m'importera jamais davantage. Tu es ma prunelle, ma louve, ma Didoune, ma chipoulette, ma mimolette, Chouquetta ma puce... Je me sens comme une lionne, ne sentant jamais le poids que tu pèses (11kg) quand je te porte, je suis tellement bien avec toi que je pourrais passer ma journée à te garder dans mes bras et à te couvrir de baisers. Je t'adore et j'espère que nos relations seront toujours d'échanges et de tendresse mutuels.

Et alors je suis fière de connaître ce sentiment extraordinaire, et le transport que cela me procure, n'a de mesure que la volonté que j'ai de vous rendre heureux ton papa et toi le restant de nos jours. J'ai aussi un aveu à te faire : tu m'apportes tellement de bonheur et de joie que presque incrédule devant ces émotions que je n'imaginais pas avant toi, ton papa et moi nous préparons à te donner une petite soeur ou un petit frère. Je croyais il y a peu encore qu'il ne me serait pas possible de "partager" l'amour que je ressens pour toi pour mettre au monde un deuxième enfant mais quand je vois à quel point mon amour grandit de jour en jour et que j'en ai me aussi chaque jour davantage ton père bien-aimé, alors je sais que l'amour peut se multiplier et que le mot partage est erroné. C'est pourquoi je sais que je peux encore donner et multiplier cet amour en agrandissant notre petite famille. J'espère que cela te rendra heureuse mais auparavant, j'espère aussi que notre souhait deviendra projet et pourra se concrétiser l'année prochaine.

Peut-être en reparlerons-nous dans 25 ans, et ce sera amusant de repenser à cet instant précis où le bonheur absolu dans lequel je baigne depuis ton arrivée nous a menés à la naissance de ton frangin ou de ta frangine... :)

Ta maman qui t'aime à la folie.

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Pourquoi être

Un titre qui peut sembler étonnant mais qui résume bien la question qui m'envahit définition à con inopinée ces derniers temps. Livrée à moi-même, j'ai du mal à m'intéresser à certaines choses... Ça nous arrive tous un jour : on se demande pourquoi on fait tout ce qu'on fait chaque jour, on se démène pour recommencer le lendemain, rien de nouveau, rien de gratifiant, et tous ces gens qui nous entourent et nous enveloppent d'indifférence, quand ce n'est pas de hargne... J'en ai un peu assez, et pourtant l'usure que cause la frustration, l'insatisfaction, l'agressivité client, ça me connaît, moi la professionnelle des Services Clients... Mais aujourd'hui je me sens transformée en fourmi, au milieu d'un chaos organisé qui me fait flipper chaque jour un peu plus et au sein duquel je ne me sens pas à ma place.

j'ai presque envie de sourire : comme vous, je serais dérangée par quelqu'un qui ferait de tels aveux et il ne m'inspirerait pas confiance. Mais de vagues idées noires me rattrapent, pourtant cela fait bien longtemps que je croyais vous avoir larguées, mais on dirait que vous savez toujours où me retrouver, pour venir me souffler que si je quittais ce monde je ne souffrirais plus. Je me demande pour quoi je suis là, j'ai cru le savoir pendant la moitié de ma vie, courant bon train vers ma vie, et là je me sens coincée, je ne suis plus remplie de potentiel, je suis à la traine, je vois défiler ma vie avec une sorte de fascination morbide, et je me dis que je mourrai bêtement, hors de mon corps, en m'observant cavaler inutilement sans sensation de servir vraiment à quelque chose.

Pourquoi être alors ?

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Papa ?

Ma chérie,

C'est avec une émotion immense que j'encourage chacun de tes balbutiements et comme tu n'es pas avare de discours, souvent je fonds en larmes tout en riant de bonheur. Depuis une semaine, quand tu te réveilles et que je suis seule à t'accueillir en ce nouveau jour, tu déambules dans l'appartement en demandant "Papa ? Papa ??" et je suis assez émue quand je t'explique : "Papa est parti travailler". Je crois que tu comprends confusément que tout est normal et qu'il reviendra ce soir.

Ce 24 décembre tu nous as fait un cadeau particulier que j'ai filmé et ça paraîtra tellement bête un jour que j'ai envie d'immortaliser ce moment d'intense émotion par cette lettre. Cela faisait quelques temps que, maîtrisant la marche, tu développais ta capacité à mémoriser les mots et à tenter de les restituer. Je t'ai donc désignée pour que tu découvres que comme tous ces animaux et ces objets que tu connais autour de toi, tu as TOI AUSSI un nom. Et ce matin, quand je me suis montrée du doigt en disant "C'est qui, ça ?" tu as dit "Maman ??" sur ce ton interrogatif qui me fait rire, et tu as dis "Papa" avec conviction quand j'ai désigné papa. Quand ce dernier t'a à son tour montrée du doigt... "Et ça, c'est qui, ça ?", tu as demandé : "Lia ?" et j'ai à la fois explosé de joie et fondu en larmes comme je suis en train de le faire en repensant à cet instant extraordinaire.

Au-delà de réussir à prononcer ton prénom que par chance nous avons choisi simple, c'est la compréhension de notre phrase, ta conscience de toi-même et l'assurance de ton existence propre grâce à ton prénom qui me fascinent et me subjuguent.

Si j'essayais de faire la liste de tes premiers mots prononcés, il y a : maman, papa, popo (signifiant que tu as envie de faire ou ... hélas déjà fait et qu'il faut changer la couche), mamie, papy, caca (que t'a appris la nounou probablement quand tu ramasses une crasse par terre chez elle... ce qu'il y a d'admirable c'est que quand tu en ramasses en ma présence, tu me l'apportes en affirmant : caca ! pour que je la jette) et l'onomatopée poum !

En revanche, si ton vocabulaire est peu étendu, tu connais énormément de concepts et tu sais reconnaître (tes préférés en premier) : un chat, chien, araignée, coccinelle, mouton, coq, grenouille, souris, écureuil, taupe, marcassin, goliath, éléphant, hippopotame, papillon, vache, hibou, flamant, poisson, poulpe, crabe, dauphin, baleine, singe, girafe, ours, cochon, cheval, âne, oie, canard, poussin, hippocampe, raie, zèbre, bernard-l'hermite, fleur, soleil, arrosoir, arbre, oeuf, bébé, maison, pot, couche, t-shirt, pantalon, pyjama, gants, manteau, gilet, robe, salopette, ...tu sais reconnaître chacun de ces fruits : pomme, kiwi, banane, mangue, grenade, raisin, pêche, abricot, tomate, poire, ananas, noix, orange, mandarine...

Tu connais les actions suivantes : prendre le bain, faire dodo, se brosser les cheveux, prendre la vitamine, prendre le médicament, aller manger, boire de l'eau, aller se promener, aller à la piscine, aller au manège, rentrer à la maison...

Je viens de t'apprendre à différencier 3 couleurs : bleu, rouge et jaune, grâce à tes petites bouteilles d'eau Mont Roucous vides dans lesquelles je mets 20 ml d'eau avec une goutte de colorant alimentaire, et tu connais les lettres de l'alphabet de A à F. Tu les révises plusieurs fois par jour et j'essaie d'en ajouter une par jour si les précédentes sont parfaitement assimilées. Je me suis aperçue que tu étais extrêmement alerte le matin et normalement peu courageuse le soir avec une tendance à répondre n'importe quoi sur des questions que tu maîtrisais parfaitement à 8h... même si tu cherches à cacher une fatigue et refuse de dormir une fois au lit à 20h ;-)

Je viens de trouver un lavabo quasi neuf auprès d'une mégère à 20km d'ici, une assistante maternelle (quelle surprise ! pffff je pense que je les ai dans mon collimateur, les nounous et ce, définitivement) et je vais aller te l'acheter. Elle le vend sur LeBonCoin et nous venons de vendre le micro-ondes, ce qui nous permet d'acheter cet article qui va t'offrir l'apprentissage de la propreté.

C'est avec une fierté et un bonheur quotidien sans bornes que j'observe tes progrès, tes déductions, l'ennui que tu sembles manifester parfois et qui me met immédiatement sur la brèche pour te chercher des activités notamment d'éveil créatif, d'observation et de logique. Nous venons de commencer par exemple les ateliers pâte à modeler. C'était fort drôle, la première fois tu ne voulais pas la toucher, l'atelier a duré moins d'une minute, je t'ai montré comment manipuler librement une quantité de pâte, mais comme tu n'aimais pas la texture, nous avons remis cela à plus tard. Trois jours après, tu adorais ça et je t'ai trouvé emporte-pièces et rouleau à pâtisserie miniature ! Sur l'Ipad aussi tu excelles déjà : tu sais aller le chercher et me le mettre entre les mains en disant "Maman ?!" et cet ordre qui signifie une dizaine de demandes différentes que je sais toutes parfaitement reconnaître, m'indique qu'il faut te le déverrouiller pour que tu puisses jouer à ce petit jeu très bien fait de reconnaissance d'animaux, de moyens de transport et d'instruments de musique entre tris propositions. à 15 mois, tu savais déjà reconnaître quarante items et aujourd'hui tu joues par habitude et pour le sympathique jingle. Il va falloir que je te trouve autre chose. Mais j'ai déjà pu remarquer avec une pointe de déception que le marché des jeux pour tout-petits était très peu développé sur Ipad.

Mes prochains objectifs : te faire acquérir la patience et davantage de concentration. Grâce à un amusant gros oeuf en plastique qui parle seul "je suis caché !!!" "Je suis là....", je t'ai appris le jeu de cache-cache avec un objet que tu trouves toujours. Avant cela, tu ne restais pas concentrée autant de temps sur une activité et tu passais très vite de l'une à l'autre. Tu sais emboîter des sortes de petits pots que mamie t'as acheté mais enfin tu commences aussi à les empiler, alors je pressens que nous allons bientôt pouvoir passer aux jeux de construction, ce qui va développer ton imagination et lâcher la bride de ton imagination. Je me bats chaque jour avec ton père pour qu'il renonce à la facilité de te coller devant la TV (que tu sais allumer) avec les supers programmes de Piwi+. Je ne veux pas que tu deviennes comme son fils un accro du petit écran à avaler des textes et des images sous la couette du matin au soir et du soir au matin, sans exercer la moindre activité intellectuelle ou ludique, que ce soit sportive ou de plein air, repoussant le moindre effort au point de ne rien assimiler à l'école et sans goût pour la recherche et l'accomplissement.

Je veux te montrer qu'il y a un milliard de choses intéressantes et réelles autour de toi, avec lesquelles tu peux interagir et que tu peux influencer pour garder la liberté dans tes choix et tes actes. Ma maman travaillait quand j'étais petite et j'ai tout découvert par moi-même, seule, sortant de chez moi pour explorer le monde avec curiosité et sans peur. J'en ai construit et gardé une forte adaptabilité, une capacité à me débrouiller, à faire beaucoup avec rien, et une envie toujours plus forte d'aller découvrir de nouvelles choses, de nouvelles sensations... Hélas je bénéficiais d'une époque et d'un environnement uniques qui ont permis beaucoup de choses impossibles aujourd'hui et qu'il me faut modeler pour les transposer à ton ère. Je suis là pour t'apporter de quoi te construire mon amour, sans t'enfermer surtout, mais pour t'apprendre tout ce que je peux et pour que tu puisses aller chercher les apprentissages de ce que je ne sais pas, afin que tu puisses un jour t'envoler vers la voie qui te plaira, avide d'expériences saines et enrichissantes, intelligente, avisée, douée et ouverte.

Maman qui t'aime.

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Mes trois premiers pas

C'est le 23 octobre que tu aurais prononcé cette phrase si tu avais parlé au lieu de développer tes capacités motrices en premier. Car il paraît que c'est l'un ou l'autre, l'enfant parle ou marche mais il ne peut développer en même temps les deux compétences. Ah bon. Bref, en tout cas cela fait depuis Nice que tu as commencé à ramper... en arrière, et un mois plus tard tu as rampé vers l'avant, de plus en plus vite, et après avoir parfaitement maîtrisé cette étape, tu as commencé à caboter en t'appuyant aux meubles TV et aux canapés... ensuite, depuis ton anniversaire très exactement, tu as commencé à te déplacer avec la petite voiture rose que mamie a eu la géniale idée de t'offrir.

Il te fallait faire des aller-retours dans notre mince couloir le matin avant de partir chez la nounou. C'était toujours pour moi un désespoir de devoir mettre fin à cet exercice que tu prenais manifestement très au sérieux, surtout pour aller te livrer à cette "inconnue" avec laquelle tu allais passer tes journées loin de moi. Mais très vite, tu t'es mise à pousser ta voiturette par sa poignée arrière et à pousser ton trotteur. Maman est assez fière d'elle d'avoir suffisamment lu de documents grâce à l'Internet pour savoir que ce dont me parlent encore quelques parents mal informés et qu'on appelle youpala est la pire chose que nous pourrions avoir eu l'idée de t'acheter. Non, tu n'auras jamais eu cette invention de malheur qui fragilise les membres inférieurs et cause apparemment des faiblesses ultérieures des ligaments au niveau du tendon d'Achille, cet objet absurde responsable de bien des accidents car bébé enfermé dedans ne peut pas en sortir même s'il a conscience d'un danger arrivant tel des marches ou tout simplement s'il en a envie. Je ne veux pas te voir faire semblant de marcher assise, les jambes arquées, faisant un mouvement pour lequel tu ne serais pas encore prête et battant de tes frêles jambes dans un mouvement tout sauf naturel, dans l'indifférence ignorante des adultes amusés... Et je crois toujours que j'ai eu raison de m'ériger contre ce fameux youpala interdit dans bien des pays du Nord, tel le Canada, si en avance par rapport à la France sur le sujet du bien-être de nos tout-petits. Il m'a fallu gentiment enseigner ce que j'ai appris à mon entourage, sensibiliser ma belle-mère, dont je me souviens encore de la réplique amusée : "elle en aura un mais qui restera chez nous"... qui m'avait choquée car elle ne prenait manifestement pas cela au sérieux... mais comment accepter mon point de vue sans remettre en cause le fait qu'elle avait déjà élevé ses fils et petit-fils avec cet objet auquel tout le monde octroyait des vertus ?...

Par bonheur, elle a fini par se rallier, en un an, j'ai peut-être fini par la convaincre du bien-fondé de la plupart de mes choix pour toi, car elle a opté pour cette merveilleuse voiture que tu adores par-dessus tout avec ta cuisinière et dînette Barbapapa (merci tonton Léo ;). Tu as la chance d'avoir d'extraordinaires grands-parents qui ont fait deux fils géniaux et adorables ...Sache que je les admire tous énormément. Je me souviens encore de la fois où je me suis dis, pour toujours, quelle merveilleuse famille !!! Quelle chance ai-je d'avoir trouvé Mathieu, le plus gentil, intelligent et adorable des garçons ! Oui ma chérie, tu as un père génial, qui t'aime à la folie, vaillant et doux, énergique et profondément bon, valeur et qualité quasiment introuvable aujourd'hui, et comme tu as commencé à le faire ce 3 novembre 2013, tu vas pouvoir continuer à faire trois petits pas chancelants sans que nous ayons besoin de te tenir la main, pour aller te jeter dans ses bras :)

Le 23 octobre donc, tu étais assise sur le sol de la cuisine, il était près de 19h et j'étais en train de cuisiner ton repas quand je t'ai vue te lever seule et faire 3 pas... tu m'as regardée tellement fière de toi, qu'un grand WAAAAAAAAAAaaaaaa !!! est sorti de ta bouche avec un sourire immense que je n'oublierai jamais. J'ai tout lâché et je t'ai serrée dans mes bras en te soulevant dans les airs avec le même cri de joie, émue aux larmes comme à chaque étape majeure de tes progrès. Nous avons dansé et ri ensemble et quand papa est rentré, il ne m'a pas crue. Quel bonheur donc que ce soir tu aies de nouveau relevé ce défi plusieurs fois en faisant de nouveau tes trois pas face à ton grand papa assis par terre ! Quel sentiment indescriptible d'observer cette joie immense sur ton visage illuminé de triomphe, tes gazouillis de victoire... dire que tout cela sera bientôt loin derrière toi et que marcher ne sera un plus qu'une évidence dont plus personne - même pas toi - ne se préoccupera d'admirer... Sauf maman, sûrement, qui y repensera régulièrement, avec la même émotion qu'aujourd'hui ...car je songe souvent aux instants de ta naissance où nous étions si émerveillés par ta seule présence que chaque étape comme celle de la marche reste pour moi comme un nouveau miracle dont tu es la fée... Je t'aime mon Ange...

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Les enfants sont magiques

J'ai eu du mal à trouver le titre... Et me suis décidée à écrire en ayant les larmes aux yeux d'émotion pour la énième fois en voyant passer une pub pour je ne sais quelle tablette tactile à la TV. Une partie du script : un enfant cherche sur Internet des astuces pour ne pas avoir le trac en public car le lendemain, il doit faire un exposé à l'école. Il doit avoir dans les 11 ans. La nuit, alors qu'il s'est endormi, sa maman vient le border et ajoute un petit mot au-dessus du titre de son exposé sur sa tablette, petit mot qu'il ne verra que le lendemain alors qu'il est face à la classe, et qu'il va timidement prendre la parole.

Le petit mot est : "Bonne chance. Je suis fière de toi. Maman". Le regard de l'exceptionnel petit acteur soudain s'illumine, je le sens s'emplir de courage et ça, ça me fait chialer. Ouais je sais ça fait nunuche au possible, surtout à mon âge mais que voulez-vous. Qu'il soit applaudi par la classe à la fin de son exposé on s'en fout. Ce qui m'émeut au plus haut point c'est la tendresse qu'il a en commun avec sa maman qui pense à lui en n'étant pas là alors qu'on le voudrait bien, voir notre bout de chou faire un exposé, voir comment il parle, comment il se tient, et laisser fondre notre coeur de maman, rempli d'un amour sans limites pour ce petit être que nous avons mis au monde et qui grandit malgré nous...

Quand je te vois grandir ma chérie, j'en éprouve une sorte de frisson intérieur que rien d'autre ne provoque, et j'aime ce sentiment et contrairement à ce que j'entends des autres parents, je n'ai pas hâte et je ne regrette pas non plus que tu grandisses. Je suis juste émue chaque jour qui passe de tes stupéfiants progrès, de te voir comme aujourd'hui te lever seule et tenir de plus en plus longtemps en équilibre sur tes deux jambes puis te rasseoir avec un cri de fierté. Ta progression est régulière et j'en observe et enregistre dans ma mémoire les moindres détails.Je t'ai vue serrer pour la première fois mon doigt puis un objet, puis le déplacer, le jeter puis enfin le placer dans un réceptacle comme cet intéressant jeu que Jana t'a offert (un oeuf et un coquetier en bois). Par hasard j'ai acheté un jouet qui se déplace tout seul en musique et je t'ai vue peiner à ramper derrière, stimulée et amusée, puis tu l'as rattrapé, plusieurs jours plus tard, puis enfin tu l'as dépassé puis actionné comme un jouet que tu maîtrises, sans plus le suivre, étant devenu lent, sa mission accomplie. Puis tu t'es levée, pesamment, vacillant sur tes jambes à notre grande stupeur, si tôt, à 1 an à peine, et nous avons crié dans ce long couloir avec ton papa, encourageant tes premiers pas. enfin, tu as saisi les trotteurs à pousser et tu as gambadé fièrement, chaque jour plus assurée... Mon amour tu es exceptionnelle malgré le fait que tous les bébés passent par ces stades, le fait que ce soit toi me fascine et me comble au plus haut point. Du haut de tes 78 cm, tu me motives à tel point que je me suis récemment remise à travailler à mon compte stimulée par l'idée d'être ainsi plus disponible pour te regarder grandir, te tendre chaque objet qui t'amusera tout en développant les fonctions motrices et intellectuelles qui visiblement s'épanouissent en toi à une vitesse incroyable en ce moment. J'espère être à la hauteur de ce que tu mérites d'avoir comme exemple en tant que fille d'une working girl.

Sache ma tendre ma douce qu'à part ton père d'une autre façon, tu détiens ma plus fervente admiration et tu m'emplis d'une envie de me surpasser proche de l'inexplicable.

C'est probablement cela qu'on appelle l'amour.

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Heureux les simples d'esprit

Elle a toujours été conviviale voire pipelette, à poursuivre toute conversation le matin quand je te dépose, quand je réponds aimablement à des réflexions anodines. Cela part de rien souvent, "Léa peut-elle commencer à manger un quignon de pain ?" et nous voilà engagées sur un échange intéressant où je m'enquiers avec toute la soif d'apprendre d'une maman novice, du timing pour commencer à introduire les morceaux fondants et autres biscuits croquants dans ton alimentation. Ou bien elle trouve ta première paire de chaussures magnifique et j'explique que je n'ai trouvé qu'une seule boutique au coeur de Toulouse offrant la garantie de chausser convenablement les petits pieds pour les premiers pas. Ou bien encore elle réclame un nouveau paquet de couches et comme je lui dis que j'achète exclusivement des Pampers par 300 ou 400 lors de ventes privées, elle me parle des "Pommette" dont une maman semble satisfaite et des rougeurs qu'il lui a semblé voir apparaître quand un jour je lui ai donné des couches de E. Leclerc pour essayer.

Bref, tous les jours nous passons dix ou vingt minutes à bavarder et puis un jour je t'offre un enregistreur sur lequel je te laisse un message enregistré pour que tu puisses entendre ma voix quand tu en éprouves le besoin et que je ne suis pas là. Comme tout jouet, au bout de quelques jours, personne ne sait plus où il est. Ce matin, je dis à ta nounou que j'ai cherché partout chez nous et que je ne l'ai pas trouvé. Elle me dit qu'elle a cherché dans tous ses lits parapluie et qu'elle ne l'a pas trouvé non plus. Me souvenant qu'une fois je l'avais trouvé glissé sous son canapé recouvert d'un immense plaid, je me penche et regarde sous son canapé de nouveau. Sans réfléchir, je me redresse et déclare sans ironie "cette fois il n'y est pas mais y a plein de trucs sous votre canapé". Je voulais lui dire par là que si elle cherchait de menus objets qui lui manquaient, peut-être s'étaient-ils malicieusement cachés là...

Mais, selon les témoignages que j'ai eus par la suite de nombreuses personnes auxquelles j'ai exposé la scène, il semble qu'il n'est pas étonnant qu'elle l'ait hyper mal pris. Comme je viens d'un autre monde, de franchise sans arrière-pensée de bêtise pleine de naïveté, je ne pouvais pas l'imaginer. Et sur le moment, quand elle m'a rétorqué avec humeur "eh bien je vais vous embaucher pour faire mon ménage !" je n'ai pas trop compris la riposte du tac au tac et j'ai répondu avec un rire léger pour détendre l'atmosphère "ouhla déjà que je ne le fais pas chez moi !" car j'ai senti confusément qu'elle prenait l'information que je croyais lui apporter factuellement, comme une remarque sur la qualité de son ménage. J'ai accepté sa vanne de bon cœur, après tout si j'avais dépassé les bornes de la familiarité en examinant sous son canapé dans son échelle de valeurs, elle avait raison de me balancer une pique et nous étions quittes.

Mais pas du tout. Le lendemain matin, le 10 octobre 2013, elle m'attendait de pied ferme et quand je t'ai déposée, après avoir bruyamment admiré le nouvel aménagement de son couloir intérieur, elle me déclare qu'elle veut rompre le contrat et qu'elle est en train de rédiger sa lettre. Que la veille, elle voulait le dire à ton père qui était allé te chercher, manque de bol pour la 1ere fois il y est allé avec papy et mamie et que du coup elle s'est retenue. Encore heureux, devais-je me dire plus tard, vu que c'est contre moi qu'elle en a, ils auraient tous été comme deux ronds de flans, comme moi aujourd'hui, et en plus non concernés par ses récriminations.

Et là elle me déballe tout... "Vous n'avez pas confiance, affirma-t-elle, je l'ai toujours senti, que vous n'avez pas confiance en moi... et quand vous avez regardé sous mon canapé, alors là !!!" Elle semble avoir été vexée jusqu'au tréfonds de son âme, cette pauvre femme à qui je n'avais pourtant pas dit "votre ménage laisse à désirer" puisque je ne le pensais même pas et qu'il ne me serait jamais venu à l’esprit de lui donner la moindre leçon relative à sa façon de garder les enfants vu qu'elle est mère de 4 enfants et nounou depuis 13 ans. J'ai toujours chanté ses louanges auprès de mon entourage, la surnommant Mary Poppins et je l'ai complimentée des dizaines de fois sur son travail, percevant sa soif de reconnaissance. Je n'ai jamais téléphoné ni réclamé de SMS en journée pour me tenir informée de la journée de Léa, je n'ai jamais critiqué ou conseillé. D'où tient-elle ce sentiment ? de sa propre insécurité, plutôt ?? Régulièrement, je ponctue mes arrivées le matin par un joyeux "Quel bonheur de la laisser quand on voit comment Léa sourit quand elle arrive devant votre porte ! quoi de plus rassurant pour une maman..." ou tout autre compliment ou de nombreux "ah c'est super ça, quelle bonne idée !" "ah vous avez raison, je vais faire ça" ou "vous qui avez beaucoup d'expérience, je voulais vous demander..."....

D'un seul coup elle explose "Je suis en colère, moi je suis quelqu'un qui dit les choses alors je préfère vous le dire..." Et je me dis "Mouais pourquoi ne pas m'avoir dit avant qu'elle m'avait dans le collimateur depuis le début si elle est si franche que ça ? aujourd'hui elle pète un câble et veut arrêter la garde de Léa à la suite d'un malentendu qui l'a vexée (??!!)" Si on est vexé, c'est qu'on est susceptible...

"...Vous voulez être parfaite !!"

Oui ? et alors ? Ce n'est pas un bel objectif dans la vie, ça ? Plutôt que d'ambitionner d'être une sous-m**** ou de rester rien ni personne ? Se tirer vers le haut, c'est mal ? En même temps, si c'est un travers, c'est pas de ma faute, je me faisais enguirlander méchamment quand je ne ramenais pas 20/20 dans toutes les matières et ça a dû creuser un grave trauma dans mon petit crâne dont je ne suis pas près de me remettre. Merci maman. C'est à cause de toi que 25 ans plus tard je vais perdre ma nounou.

"Vous n'avez pas confiance en vous en fait !" Wouah Nounou-Psy a passé sa nuit à m'analyser et m'explique qu'elle en a des douleurs de crispation dans l'épaule et le bras. Comprenant qu'il fallait que j'aille dans son sens pour ne pas la braquer davantage, je lui réponds "Peut-être ! Oui ! vous avez sûrement raison !" et je pense "...mais en 13 ans de nounou, vous n'avez jamais vu une jeune maman angoissée ? " ...et lisant dans mes pensées elle s'écrie "...je n'ai jamais vu ça en 13 ans d'assistante maternelle, ça ne m'était jamais arrivé ! " Bizarre. On n'est pas censée voir plein de jeunes mamans anxieuses et devoir faire preuve de pédagogie quand on est nounou depuis autant de temps ? Et elle, quand elle a eu son 1ere enfant, elle était parfaitement sûre d'elle ? quelle chance ! Comme quoi je suis effectivement très loin d'être parfaite. "Léa est une enfant adorable, gentille !!! facile à vivre !!!" et moi j'entends pendant ton panégyrique "...pas comme sa mère ! !!!" J'espère bien que tu ressembles le plus possible à ton adorable papa en effet. Que tu ne sois jamais aussi insécure que moi (merci encore maman), aussi bête, aussi maladroite socialement... tout en espérant que tu sois libre comme moi même si cela me mène souvent à rester en marge de ce monde étrange d'aujourd'hui à l'observer avec stupeur et incompréhension. Je t'expliquerai cela dans un autre billet mais tu percevras réellement mon sentiment à ce sujet quand tu auras à ton tour mon âge je pense. Car c'est cette longue observation du monde qui m'a amenée à faire mes constats et exprimer mon émotion à son sujet.

Bref, pour revenir à ta nounou explosive, mon sang n'a fait qu'un tour sur le moment, je venais de conclure la veille, ce 9 octobre pour mon nouveau boulot, je ne pouvais pas imaginer perdre mon mode de garde qui, même s'il t'arrache à moi chaque matin me laissant en proie à un immense chagrin, me permet d'être disponible pour aller chercher des sous pour nous nourrir. J'étais aussi totalement stupéfiée par ce retournement de situation où mon employée me congédiait sans médiation préalable, avec la toute-puissance de ces métiers de garde d'enfants en France où les parents sont à genoux car seul 1 enfant sur 10 a une place quelque part pour être gardé. Enfin, j'avais un mal fou à concevoir que cette nounou dont je ne disais et pensais que le plus grand bien pense exactement le contraire ! Je tombais de très très haut. Comment est-ce possible qu'avec tous les compliments sincères que je lui faisais continuellement elle pense que je critique son travail ??

Pourtant j'en ai gardé pour moi, des réflexions ! ...La fois où j'ai trouvé un bout de verre par terre dans le salon où tu passes tes journées avec les deux autres bébés, je l'ai ramassé en lui disant juste "tiens, il y a un bout de verre par terre" calmement, sans montrer ma nervosité. Elle avait cassé des verres et avait mal balayé. Les fois où tu rentres avec ton leggings blanc devenu noir car elle ne lave pas par terre tous les jours comme maman, je ne dis rien. Quand je lui ai demandé combien de fois elle te changeait et qu'elle m'a dit 4 ou 5 fois bref qu'elle ne comptait pas, j'ai juste montré mon étonnement en disant ah bon, moi je ne la change que 2 fois sur cette durée ! mais je ne lui ai pas demandé d'économiser ces couches qui nous coûtent une fortune. Quand elle me rend ta bouteille d'eau pleine, je suis contrariée qu'elle ne t'ait pas fait boire assez de la journée mais je ne dis rien. Quand on jette ton biberon plein parce que tu le bois avec moi mais pas avec elle, qu'importe. Quand tes pantalons sont recouverts de longues traces de stylo, je ne relève même pas qu'un stylo à bille traîne à la portée des bébés chez elle. Quand elle me dit sèchement aujourd'hui que ta poussette doit désormais rester toute la journée dans le hall de son immeuble car elle ne veut plus que les mamans ne la laissent chez elle, je trouve cela très limite mais je me débrouille avec. J'ai toujours eu l'intuition qu'il fallait appuyer ses points positifs et taire toute remarque car mon 6e sens avait détecté une personnalité fragile voire manquant de confiance en elle. Ton papa m'a dit après coup que lui avoir offert des jouets pour les enfants et une chaise haute (parce que je n'aimais pas t'avoir vue manger par terre !) avait dû davantage la vexer que lui faire plaisir. Pffff. Incroyable. Mais ton père a toujours raison.

Bref, j'ai alors ouvert la bouche pour ma défense puisque je n'avais pas le temps de prendre un avocat, et je lui ai demandé dix fois de m'excuser, arguant que j'étais profondément désolée, que je n'avais jamais eu l'intention de la blesser, que justement je voulais revenir parler de cet enregistreur puisque par hasard je venais d'apprendre qu'il était chez mamie, que je trouve son travail excellent et que Léa est visiblement très bien avec elle.

"Vous êtes exigeante !!!" cria-t-elle encore. "Ta façon d'être la renvoie à sa propre imperfection et c'est cela qui la dérange car elle est bête comme ses pieds, après tout elle n'est que nounou, tu vois ce que je veux dire..." me rassura totalement une de mes chères amies.

"Si je n'avais pas confiance totale en vous je ne vous laisserais pas ma petite fille, et je serais bien plus horrible que ça (puis plus sérieusement) ...J'adore ce que vous faites et comment vous le faites, vous êtes une "maman" et..."

- Je ne suis pas une maman ! je suis une nounou !!! et une nounou ne remplacera jamais une maman ! s'excite mon interlocutrice.

Entendre cette réplique me calma un peu. Elle ne comprenait donc pas le français que je parle. Mon expression visait à la complimenter encore une fois, à reconnaître son expérience de maman de 4 enfants, à lui dire à quel point son travail était d'une qualité inégalable par rapport à une assistante maternelle qui n'aurait jamais eu d'enfant et répondait totalement au besoin de maternage des enfants confiés. Mais là, j'ai compris qu'il m'était inutile de lui parler, moi en chinois et elle en biélorusse, nous ne pouvions définitivement pas nous comprendre.

"Réfléchissez-y je vous en prie, conclus-je en pleurant, ce que je vous propose, c'est que ce soit le papa qui vienne la déposer et la récupérer comme ça... je ne serai pas envahissante..."

Me voir en larmes et visiblement contrite et en pleine incompréhension dût l'émouvoir un tantinet car elle se tenait coite à m'observer et elle n'a que grommelé un OK vaguement désemparé à la fin, quand je suis partie.

A fleur de peau, probablement nerveusement fatiguée de n'avoir que des enfants pour échanger toute la journée, sa faim de conversation entre adultes le matin avec moi me paraissait révélatrice d'une forme de solitude qui finissait par lui faire perdre les pédales par manque de repères. Inutile donc de discuter plus avant, je pars en espérant que nous ne recevrons pas sa lettre mais me dis en même temps que si je devais chercher une autre nounou, je ne serai pas non plus fâchée de me passer de ce tonneau de sottise qui clamait sans cesse "j'ai besoin de reconnaissance moi ! j'ai besoin de respect !!"

Pour toi, j'ai préféré faire profil bas et serrer les dents et faire ce que je fais rarement, c'est fermer ma bouche. Grâce à toi c'est maman qui grandit et pour ton bien-être parce que je sais qu'elle t'aime autant qu'elle me déteste, qu'elle te câline et que tu t'amuses bien avec ton copain Wiwi et ta copine Marilou, je préfère que tu restes là-bas et je sais que c'est en battant en retraite que je nous donne toutes les chances qu'elle revienne sur sa décision. Cela fait 7 jours aujourd’hui et malgré la nouvelle galère de papa chaque matin et chaque soir pour te récupérer et te poser dans mes bras, moi qui attends à quelques mètres derrière chez la nounou, tout semble être rentré dans un nouvel ordre.

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