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Je déteste les moutons

Hier je me suis énervée 2 fois. Une fois parce qu'à mon grand étonnement une personne dont le père est un de mes contacts Facebook que je respecte et apprécie le plus (un diplomate ayant vécu la guerre d'Algérie et bien d'autres choses) a parlé de "ces pays" (lesquels ??) dans lesquels il est "inconscient d'aller en vacances" à la suite de l'attentat de Sousse de ce 25 juin 2015. Ça te semblera être un micro-événement dans l'Histoire, ma fille, quand tu seras en âge de comprendre ce qui s'est passé. Mais cet amalgame de la Tunisie (où je n'ai jamais mis les pieds mais qui ne m'inspire que le respect de par le peu de tunisiens que j'ai croisés dans ma vie parisienne) violemment attaquée, avec ses 37 morts et nombreux blessés, m'a fait réagir.

Je ne peux jamais m'empêcher de réagir pour quel que sujet que ce soit je vois qu'on mélange les genres, pour le principe, même si je ne me pose pas spécialement en défenseuse d'une cause. Je ne cesse de rappeler aux gens de vérifier les informations fausses qu'ils relaient parfois en croyant rendre service, d'éviter les lieux communs surtout quand ils ne connaissent pas le sujet, et de donner un minimum d'arguments pertinent à leur analyse de supérette. Ton père me critique souvent à cause de cela, il estime mon combat vain et inutile et n'y voit pas comme moi une liberté d'expression et le refus de consentir par le silence.

J'ai donc rétorqué à cette fille que les étrangers en vacances sur la plage mitraillée par un terroriste salafiste fou n'étaient probablement plus des personnes ayant les moyens de passer une semaine là-bas qu'une seule journée à Nice au même prix. Et que je préférais encore aller à Sousse donner mon fric pour aider les commerçants à se relever de ce qui va inévitablement détruire pendant quelques années leur gagne-pain du fait que les moutons de touristes vont déserter le coin. Je suis souvent hallucinée par ce type de raisonnement que tient aussi ton père : "à Sousse ça craint". Quoi "à Sousse ça craint" ?? Tu connais Sousse ? et à Paris et à New York et à Toulouse et dans ce bled de 6000 habitants en Isère nommé St Quentin Fallavier, dans toutes ces communes blessées par d'horribles attentats, ça craint ?? Hein ? Et tu connais personnellement Sousse, toi ? Non, je ne suis pas d'accord ! Ce qui craint, c'est la banlieue de Marseille, pas Sousse ! Et pourquoi rêve-tu d'aller à New York où un attentat envers les Twin Towers a décimé bien plus de monde ? De la peur naît la violence et l'ignorance engendre la bêtise.

Bref, j'étais agacée de la voir dire sur Facebook que ces touristes avaient "de la merde dans les yeux" en décidant d'aller là-bas. Loin d'avoir la certitude pour ma part que ce soit un réel choix pour tous, cette discrimination tandis que ton père et moi sombrons doucement dans la pauvreté depuis quelques années, je me sentais personnellement concernée par cette attaque peu étayée. Et quand elle répondit qu'au moins de Nice on en revient vivant, alors là je me suis énervée.

Parce que, ma chérie, outre l'attaque meutrière de Charlie Hebdo ce 7 janvier et l'affaire Merah en mars 2012 ici, il y a eu ce même 25 juin une attaque terroriste en Isère alors il va falloir qu'on me montre comment on est + en sécurité en France que ce soit dans une ville aussi paisible que Toulouse ou dans un bled de 6000 habitants comme St Quentin Fallavier. La personne qui écrivait et que tu ne connaîtras jamais et l'un de ses amis m'ont souhaité ironiquement de "bonnes vacances" en Tunisie et sont partis dans des délires du type "ahahaha leur filer ton fric pour qu'ils te crachent à la gueule et t'assassinent ou t'égorgent ensuite... ?????" (fin de citation) ce à quoi j'ai rétorqué "C'est vrai. Et surtout n'oublions pas de cracher à la gueule de ces 1,2 millions d'isérois vraiment pas fréquentables". C'est vrai quoi, les saint-quentinois seraient probablement ravis de l'entendre faire l'amalgame et penser si on suit son raisonnement, qu'ils sont des barbares sanguinaires alors que ce sont d'abord des victimes dont je suis terriblement solidaire. C'est un putain d'époque ma fille. Il y a beaucoup de gens comme elle hélas.

Ce fut ma dernière réponse et qui fut forcément incomprise de ces gens dont l'étroitesse d'esprit m'a définitivement éloignée.