Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Famille

 




Il y a des semaines qui ne changent pas votre vie mais qui vous changent tout simplement.
Des journées qui donnent des maux de tête et des
événements insignifiants pout toute la Terre mais qui signifient énormément pour vous. Et ces moments-là font mal au ventre, mal au coeur, bouleversent et affaiblissent et dénoncent des fatalités contre lesquelles vous ne cessez pourtant de lutter. Comment se relever une fois qu'on est à genoux ? D'un seul coup c'est difficile ;  alors une jambe après l'autre, avec un plomb à chaque cheville et un bout d'espoir entre des dents qui claquent. Péniblement. Et la nausée qui remonte dans la gorge comme un abus de café.
Presque chaque vie pourrait être plus sombre qu'elle ne l'est. C'est bon d'être une créature heureuse comme moi. Mais quand on est trop entraîné au bonheur, les coups durs font mouche. La fatigue physique et un rythme décalé anarchique démultiplient les vertiges.

 Une famille qui vous exclut d'un diner. Vous croyiez naïvement y être rattaché. Mais vous vous trompiez. Et on vous le dit bien : la famille, c'est la famille alors c'est seulement la famille. D'accord, tous les concubins sont exclus de ce dîner. Mais après coup, ce n'était pas tous les concubins mais tous sauf 1. Normal, c'était pour annoncer que celui-ci allait bientôt faire partie de la famille. Ca change tout. Soit on est de la famille, soit on en est presque soit on n'en est pas du tout. Il faut faire attention aux nuances s'il vous plaît !

Vous avez reçu indirectement des excuses pour la non-invitation, ils n'ont rien contre vous. Ils vous adorent même. Ah bon ça doit être ça l'explication alors. Ben non, absurde voyons. Effectivement. Et là, l'estocade : c'est à cause d'une vieille brouille avec laquelle vous n'avez rien à voir qu'à la fin de l'envoi on vous met sur la touche, c'est même une brouille au milieu de laquelle vous vous êtes un jour interposé pour séparer les bagarreurs, sans prendre parti, en vous jetant au milieu et en essuyant deux ou trois échanges de coups qui ne vous étaient pas destinés.
Tout ça parce que pour vous une famille c'est, comme dit Diane de Beausaq "un ensemble de gens qui s'attaque en particulier, mais se défend en bloc", une force extraordinaire de solidarité car on peut se haïr mais on ne se quitte pas, la famille enfin, c'est plus important que la somme des individus qui la constituent* et qui ne se sont pas choisis. Par essence, la famille est d'une fascinante puissance : quoi de plus sérieux que l'honneur de la famille ? quoi de plus douloureux que la perte d'un de ces membres qu'on n'a pas choisis ?...

Une famille justement vous semblait être une équipe que chaque membre peut agrandir avec un élément rapporté et que vous soyez en phase ou pas, c'est comme ça et ça sert à rien de bouder. Boudez, et vous verrez que ça ne change rien voire que vous réussissez juste à blesser des gens.
La famille, c'est votre nid, vos racines, ce qui vous rappelle pourquoi vous êtes là quand tout va mal et que vous vous mettez à vous le demander, c'est le repère auquel vous pouvez toujours vous raccrocher contre le monde. C'est de l'aide, du soutien, de l'amour, et tout ça bien plus loin que la notion de couple aujourd'hui si éphémère. Que vous le vouliez ou non, ce sont des gens qui ont au moins un point commun, ce fil génétique invisible qui vous relie, ce sont des parents, ce sont des frères et des soeurs. Un trésor, une richesse... qui n'est pas donnée à tout le monde...

Mais je reviens à votre absence à ce dîner indélicat. C'est aussi parce que vous êtes sans famille entre une mère alcoolique, un père enfui et des frères étrangers que le coup vous a été violent et la blessure profonde. Vous avez toujours cru que les familles des autres allaient vous adopter avec amour car ça vous est déjà arrivé, de voguer avec bonheur au coeur d'une famille adoptive, vous vous en nourrissez comme d'un fantasme et à force de planer à cent mètres, il fallait bien vous casser la gueule. Et comprendre qu'on ne vous avait rien demandé et que c'est pas parce que vous donnez que vous allez recevoir. Et comprendre qu'on ne vous avait pas demandé. Et que tout ce que vous avez à donner ils s'en foutent, il n'en ont pas besoin, ils l'ont déjà leur famille. Vous réalisez que vous n'aviez jamais grandi, que vous rêviez toujours d'être adopté comme un poussin un peu orphelin, sans vous figurer un instant qu'une famille n'a aucun besoin de vous. Puisque c'est vous... qui avez besoin d'une famille.

*
Moses Isegawa