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Cocktail du Sud

Une soirée où je ne connais personne. Je reste dans mon coin puis vais observer les enfants, leur lis des histoires et joue avec eux. Leur maturité, leur impatience, les rapports de force qu'ils instaurent immédiatement entre eux me fascinent. Je me dis que si en grandissant ils restaient tous comme ils sont aujourd'hui, ils seraient des cadors. Curieux, péremptoires, logiques, spontanés, infatigables, ils sont victimes de la crétinerie de certains adultes. Une femme entre dans la chambre et rigole : "Alors les garçons, on joue à la poupée ?!"
Incrédule devant tant de bêtise que des générations et des générations d'êtres humains n'ont pas su faire muter, je constate avec jubilation qu'aucun môme ne réagit à cette réflexion stupide qui n'est pas près de nous hisser hors du machisme de ce 21e siècle.

On est dans le Sud et comme disait un copain à moi, on est à des années-lumière de sortir du confinement des rôles de la femme et du mec caricaturalement définis par les gens du coin.
Les gonzesses font l'objet de commentaires urtiquants quand elles ont le malheur d'être absentes...
- Bah alors elle est où ta femme ?
- J'avais pas envie de la voir, je l'ai laissée à la maison, plaisante-t-il.
Il m'aurait répondu "enfermée", ça ne m'aurait pas fait plus d'effet et son humour me laisse de glace.

...Et quand nous sommes là, nous sommes des potiches censées supporter nos mecs en train de jouer à la pétanque. L'un des cinq types à quelques centimètres de moi s'écrie "Ptin cong il nous manque un sixième ! A qui on pourrait demander..." et il fait des allers-retours énervés devant ma personne invisible avant de recruter un 6e compère. Laurent me dit : "Tu veux pas jouer avec nous ? T'aurais dû dire "Hé ho, je veux jouer moi !", il faut t'imposer..." J'aurais ri si je n'avais été aussi navrée. F
aire l'éducation de cette bande de machos ? Non merci, d'ailleurs qu'est-ce qui empêchait qu'il prenne les devants en me prenant dans son équipe ? A la fin de la soirée, il était étonné que je ne connaisse pas tout le monde, mais je n'avais pas envie de tenir des conversations stériles avec des vieux et des mères de famille qui ne réagissent pas quand je leur amène leur mouflet qui vient de pisser le contenu d'un baril sur le plancher que j'éponge avant que les autres ne pataugent dedans. Nous n'avons aucun point commun et ne nous reverrons jamais.

Quand la seule vieille que je laisse m'aborder au début me fixe avec une insistance polie, c'est le drame.
- Je vous ai déjà rencontrée, non ? Chez Cédric...?
- Je ne crois pas madame, répliquai-je avec indulgence.
- Aaaah? pourtant je suis persuadée de vous avoir déjà vue... Vous ne deviez pas vous marier...?
Je ne pus m'empêcher de sursauter. Alors là, la totale. A tous les coups elle me confond avec l'ex adorée de mon mec, qui d'ailleurs se fait un plaisir de se rappeler à son bon souvenir en ressurgissant pour moi pas plus tard qu'hier pour une ridicule histoire de CD à récupérer. Une anecdote sans importance qui pourtant m'a déplu de par la symbolique qui signifie davantage "Ne m'oublie pas, pense à moi, moi je ne t'oublie pas" qu'un besoin obsessionnel de récupérer un CD pourrave qui se trouve dans tous les kiosques. Sans compter la mauvaise foi (?) de celui qui dit croire à cette histoire d'objet à récupérer alors qu'il est trop intelligent pour être si naïf. Et puis comme la pochette d'origine était introuvable, elle va inévitablement saisir l'occasion d'un pour revenir s'en plaindre.

Sur un ton qui va apprendre à la dame à mieux réfléchir avant de confondre les gens, je claque :
- Non, nous ne nous étions jamais rencontrées, vous vous trompez. Et avec un grand sourire, je tourne les talons.
Heureusement, le maître de maison est un type tout à fait adorable et sa femme aussi quoiqu'un peu survoltée, et il y a quelques personnes très sympathiques qui malheureusement sont capables de vous foutre le plus mal à l'aise possible avec des "Alors et vous, vous vous mariez quand" ce à quoi je me retiens de rétorquer "c'est pas près d'arriver, on vient tout juste de me rappeler qu'il devait en épouser une autre et s'il devait remettre ça, j'en aurais entendu parler". Et à côté de mon silence, le concerné, mal à l'aise, élude avec une question sur la sangria. Je ne sais pas ce que je fais là, quelle est ma place au juste, je ne sais même pas pourquoi on appelle mon mec Garth et il ne me l'explique pas, je ne sais pas non plus pourquoi ils ont commandé à manger pour 120 personnes alors qu'on était trente.

Pas d'étage, impossible de m'isoler peinarde pour bouquiner ou appeler une copine.
Il fait trop froid pour me réfugier dans la décapotable. Je m'envoie une dizaine de sangria et autant de pastis pour faire passer le temps. De toute façon ce n'est pas moi qui conduis. Quelqu'un vient me dire qu'il trouve le temps long. J'ai presque envie de rire et de lui demander s'il a bu dans mon verre ; au lieu de cela, je lui adresse un sourire encourageant : "Tant mieux, au moins tu ne rentreras pas tard !"
Et je regarde mon homme déambuler dans la baraque, et je le trouve vraiment canon, séduisant, en plus je l'ai arrosé du Kenzo qui me rend dingue et je me dis vivement qu'on rentre faire l'amour.

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