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La fin

Je retrouvai la fin de ce long monologue : " ...ça te choque ?"
Son visage avait un ton au-dessus de la couleur de l'indifférence, cette nuance qui fait tellement regretter les confidences. Il eut simplement la politese de hausser les sourcils de façon à prouver qu'il venait d'entendre une histoire dont il n'imaginait pas la chute, avec une moue qui signifie en général "mouais...". Cette mimique qui dégage de la responsabilité d'un commentaire.
Mon malaise était celui de quelqu'un qui se dénude devant un inconnu et qui ne s'aperçoit pas d'abord qu'elle est espionnée. Il n'y avait personne d'autre. Son ego ne voulait pas y croire alors à mon tour je me suis levée sans rien ajouter et j'ai posé la lourde bague.

Je prends l'avion pour oublier. Ca devient une habitude, passer autant de nuits dans les airs que de jours sur terre. Libre, fonçant à la vitesse de mes rêveries et fuyant de trop jeunes souvenirs. Je ferme les yeux et une longue vieille brûlure trahit l'angoisse tapie au fond de ma peau. Elle a mis trois ans à me rattraper. Larmes qui tombent au dessus de la nuit. Ravage au désir. Je souffle sur mes paumes fiévreuses, suffoque, creuse mon foulard. Avant, le bleu de mes yeux coulait sur sa joue. Mais où est-il ? Et si je le retrouve, se noiera-t-il avec moi ?

Le signal lumineux ne s'allume pas, les ceintures se bouclent quand même et le film passe pour apaiser les turbulences intérieures. Un film, une fin, une baignoire, un rasoir. Lutter pour ne pas s'attarder sur le plateau-repas et son couteau en plastique dérisoire. Ne pas deviner la lave noire de mes veines. Il y a des gestes qui n'appartiennet pas à la vie. Ce corps déjà étranger est parcouru du dernier frisson de ceux qui meurent. Mais aucun mal ne tue moins que celui d'une femme qui attend en émiettant des rêves. Ceux d'un fiancé abandonné. Ceux d'une ex-fiancée qui abandonne en disant qu'elle n'a pas plus envie et qu'il n'y a personne d'autre.

Revenir ici au bout de tant d'années me donne la sensation d'avoir confié mon attente au hasard. Courir en amont de l'heure de retrouvailles improbables avec ma liberté c'est courir sur une côte assez raide où tout semble ralentir. Mais au moment où les pneus s'écrasent sur la piste, toute gravité s'envole et je roule et rebondis sur la nouvelle piste de ma vie.