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Dictature de la peur

La peur n'abat pas. Au contraire, la peur éveille les sens, toute proie est aux aguets, vigilante quoique tétanisée, prête à bondir pour fuir quoique ne sachant où aller. La peur rend agressif. Le serpent, le chien, l'araignée se jettent sur l'ennemi quand ils se sentent acculés et qu'ils ne peuvent pas reculer. L'homme lui va exploser de colère, ou frapper pour se défendre. Celui qui n'a pas peur n'éprouve pas le besoin d'élever la voix ou de recourir à une quelconque violence. Il sait quand le danger est minime ou hypothétique et sait évaluer si les conséquences sont négligeables ou sérieuses.
Le peureux et le rassuré ne se comprennent pas.
Celui qui se défend le fait par réflexe et est incapable de s'en empêcher. Il va faire mal d'abord pour pas qu'on lui fasse mal. Celui qui n'en voit pas l'utilité voudrait le raisonner et aura beau lui montrer l'inutilité de son agressivité dans la majorité des cas, il sait qu'il n'y changera rien fondamentalement et restera là, choqué,
résigné et incrédule.

Le même mécanisme s'exerce avec la pression. La pression du boulot, du patron, la pression de pas de boulot, pas de thunes, la pression de s'occuper des enfants, des animaux, des corvées ménagères, du budget familial... La pression qu'on se met tout seul dans le désir de vouloir tout faire au mieux - pas bien faire mais faire excellemment, mieux que l'autre, mieux que tout le monde, le mieux possible - et comme on accomplit beaucoup de choses chaque jour, on en rate aussi tôt ou tard et plus la pression est forte, plus le sentiment ou la peur de l'échec deviennent écrasants.

Un autre animal tout aussi intéressant est le Capricieux. L'individu qui refuse d'accepter que les choses ne sont pas toujours comme il le désire, que tout ne se déroule pas toujours comme prévu et que le regard des autres peut être différent du sien s'expose à se retrouver perdu, déstabilisé, contrarié par ces aléas. Son irritation redouble quand il est confronté à quelqu'un qui ne comprend pas ou qui ne s'exécute pas au
quart de tour. La cerise sur le gâteau c'est quand il se met à croire - comme forcément beaucoup de choses ne se déroulent pas comme dans nos rêves dans la vraie vie - quand il se met à croire donc, qu'on se ligue contre lui, qu'on fait exprès de ne pas comprendre, de ne pas coopérer, qu'on est crétin ou malintentionné. Comprendra-t-il en se rendant compte de son erreur comment il a fini seul...?

Au final il y a un point commun entre le dictateur et l'opprimé : cette peur panique de ne plus maîtriser la situation, de ne plus avoir les choses sous contrôle.
Comment conserver la main sur les choses en évitant l'excès irrationnel ?
Peut-être juste se dire que les autres ont le droit à l'erreur (TOI AUSSI), peut-être se rappeler que les autres ont le droit de ne pas comprendre instantanément (et si tu allais droit au but au lieu de jouer aux devinettes... tu es intelligent, tout le monde l'a déjà reconnu, quel besoin de te rassurer en croyant que ton devoir sur Terre est de faire évoluer les autres ?), peut-être enfin respirer profondément, sourire et choisir la voie amicale au lieu de la voie du conflit (toujours stérile et douloureuse).
On obtient beaucoup plus de chose en séduisant, n'est-ce pas ? A-t-on jamais vu de publicité menaçante ou d'invitation à une punition ? Qu'obtient-on avec de la patience, de la pédagogie, de l'indulgence et de la gentillesse ? Préfère-t-on les choses simples ou les choses incompréhensibles / compliquées ? Aime-t-on les gens humbles ou les personnes supérieures ? Préféreriez-vous qu'on vous pourrisse la vie en s'excusant ou une vie où tout se passe bien sans recevoir d'excuses ?

Aux mauvais caractères, aux capricieux, aux dominateurs amateurs : en injuriant, en blessant quelqu'un vous vous faites du mal soit parce que le blessé va se défendre en répondant à votre attaque soit parce que vous blessez quelqu'un que vous aimez et que vous allez en souffrir tout seul, rempli de remords d'avoir fait du mal sans intention d'en donner.
Relax, détendez-vous, toute cette souffrance est inutile et brise beaucoup trop de choses. Vous êtes insupportable ? on va vous fuir ou vous éviter / ignorer résultat vous n'obtiendrez rien et encore moins l'amour, la reconnaissance et le besoin d'être aimé et rassuré dont on a tous naturellement besoin.
Retenez vos cris, vos colères, expulsez votre énergie en cherchant à composer des explications / instructions, en phrases simples, courtes et objectives sans grossièretés et sans cris, cet exercice canalisera toute la force destructrice instantanément.

Aux victimes, à ceux qui ne comprennent pas les caractériels : rien à comprendre, ils ont été traumatisés, ils ont eu mal et croient que ces schémas se reproduiront toujours. Ils ont besoin d'être reconnus et aimés, plus encore que les autres même si cela a l'air paradoxal dans leur façon de rejeter tout ce qui les contrarie un tant soit peu. Même recette : patience, indulgence, montrer l'exemple mais toujours indiquer l'injuste comportement avec fermeté. "J'ai voulu te parler / j'ai voulu faire avec toi telle action,  je me suis trompé de moment, de ton, je n'ai pas compris tes intentions. Mais je n'ai pas mérité ce que tu viens de me dire / de me faire". Dans un couple ajouter Je t'aime et je voudrais que nous reprenions à zéro calmement, es-tu d'accord pour ça maintenant ? n'est pas un luxe dont on aurait tort de se priver.

Le pays est en pleine récession, 8 enfants de moins de cinq ans meurent chaque minute dans le monde, au moment où vous lisez ceci il se produit des accidents et des gens vivent dans d'atroces souffrances, quand on quittera l'écran, on devrait penser à être heureux comme ce jour où on a décroché ce job, le jour où on a rencontré l'être cher, le jour où on a emménagé dans notre maison, le jour où on a donné la vie, se rappeler tout événement qui nous a tant ému... se rappeler qu'on a des sources de bonheur et de chance, pour adoucir ces angoisses refoulées qu'on allait envoyer avec violence dans la figure de quelqu'un.