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Bye bye

La porte claque violemment. Pas la force de le retenir. Il était déjà parti. Il ne reviendrait pas. Il ne revient jamais même pour un parapluie oublié ou quand je hoquette dans l'entrée les yeux gonflés hagarde parce j'attends toujours des choses qu'il n'est pas prêt à donner. Perdre un visage pour gagner une paix. Tout est flou, la porte de la salle de bain, la petite armoire. Les bras écartés, les mains relâchant les poignées, je m'affaisse en claquant des dents. Une déchirure entre la vie et moi. Des lambeaux d'existence éparpillés en puzzle. Non pas encore une fois. Pas encore cette envie de tout rafler et de tout engloutir, toutes ces couleurs que je mélange comme une dernière fantaisie. Et si les mots étaient faits pour dire adieu ?

Je choisis d'abord les plus petits parce qu'en général ils sont plus puissants. Et quand on a la gorge serrée, c'est plus facile à avaler. Personne n'a jamais compris pourquoi je me suicidais. Heureusement d'ailleurs. Parce qu'avec des amis compréhensifs j'aurais réussi depuis longtemps. Quatrième remake. La dernière fois, adossée à des barbelés, j'avais essayé de me jeter sous un train. Ma veste avait poussé un cri déchirant et m'avait retenue par ses lambeaux.

Alors les cachets. Privilégiée entourée d'anxieux, je suis devenue une pro de la dose. Il ne me restait plus qu'à trouver le multiplicateur qui rapidement anéantirait la douleur. Parce que la douleur, je l'ai déjà. Il arrive qu'on ne se suicide pas pour culpabiliser quelqu'un ou pour se rendre intéressant. Juste pour en finir avec la douleur. Cette fois j'ai dépassé le seuil de perméabilité et la violence d'un lavage d'estomac ne me ferait plus revenir à la vie. Plus besoin de ressentir. Plus besoin de me réveiller. Et le téléphone n'a pas voulu sonner.
Je les aligne avec ravissement. Ils fondent sur la table en petits pâtés de larmes. Un verre d'eau et le tout attendrait ce soir. Je viens de décider avec cynisme de passer une journée réussie avant de prendre congé.

Mon entretien s'est passé à la perfection. Je me suis payée le luxe d'accepter le poste et de promettre d'arriver lundi. Une amie m'a invitée à dîner et m'a suggéré sans s'apitoyer une solution simple pour me sauver de l'échec.
En rentrant, je regarde en souriant le tas et le verre d'eau. Vieux complices. Je les fourre en vrac dans une boîte et jette les autres qui sont vides. Pour la prochaine fois.

La porte d'entrée s'ouvre. Il est rentré. Peut-être qu'il a remarqué les boîtes dans la poubelle mais il n'a rien dit. Fin de soirée agréable.
Un jour il rentra et je n'étais pas là. Il dîna et s'inquiéta et regarda la télévision pour se distraire. Il manqua de s'endormir, sursauta et alla se coucher sans se laver les dents. Puisqu'elle n'est pas là, se dit-il vaguement... Il s'écroula comme une masse.
A sept heures la sonnerie habituelle le tire de son état nauséeux. Une sourde colère le réveille complètement parce qu'il connaît la fille chez qui elle avait pu passer la nuit. Elle aurait pu appeler. Il se lève péniblement.
D'habitude, il sentait une fragrance sucrée, sa présence à elle, matinale, flottant dans la chambre. Aujourd'hui, rien. Ou plutôt si, une odeur un peu âcre, une lourde effluve qui rappelle quelque chose d'imprécis. Une odeur angoissante et désagréable. Un parfum d'absence définitive. De sang et de réussite.
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