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Douleur, soins et guérison

Envie d'envoyer la bagnole dans le ravin en emboutissant la ridicule rambarde de sécurité. Les larmes sur mes joues n'étaient pas là hier et les nerfs lâchent mais pas les freins.
Duboss s'acharne sur ma pomme et si sa dernière attaque ne m'a pas occasionné un frémissement, c'est ma vieille maladie chronique qui s'est réveillée et me charcute l'existence.
Quand on est une fille qui croit encore à 32 balais que les gens n'ont aucune raison d'être gratuitement méchants (traduire : que tout le monde il est beau tout le monde il est gentil).
Quand on fait en 3 jours le boulot de 1,5 personne travaillant 5 jours parce qu'on a tellement de CP à poser avant le 31/05 qu'on a posé tous les jeudis & vendredis. Et qu'on fait ça parce que ça n'aurait pas été sympa pour la JF qui m'assiste et que je viens de recruter de la laisser tomber
en m'absentant plusieurs semaines d'affilée.
Quand on est sous l'eau qu'on se décarcasse qu'on ne compte plus les mails après 20h, le portable sur les genoux dans les salles d'attente d'aéroport voire dans le taxi, qu'on aide les chefs de projets ou Duboss sur des dossiers qui ne nous concernent pas parce qu'on a l'âme imbécile qui nous dit "vas-y file-lui un coup de pouce, ce sujet c'est ta spécialité et tu vois bien qu'il va prendre la mauvaise direction".
Quand nos résultats d'aujourd'hui représentent +176% des résultats de la semaine où on est entrée en poste.
Quand on arrive à faire son boulot + un tiers supplémentaire offert gratos par Duboss avec comme seule consigne "tu le fais parce que je te le dis et t'auras pas un centime d'augmentation pour ça si t'es pas contente tu te casses", à former quelqu'un, à en recruter un autre.
Quand on fait les devoirs de Duboss qui croit que sa nouvelle fonction c'est faire faire son boulot par les autres et qu'on arrive à ouvrir des parapluies pour sauver les intérêts de l'entreprise quand des relations professionnelles qui le détestent ne cherchent qu'à lui nuire et que ça complique forcément votre boulot à vous.
Quand on a fait tout ça et que le Duboss en question vous envoie par écrit quelques lignes assassines pour vous reprocher une ou deux ratés insignifiants, faire le procès-verbal absurde d'une conversation sans intérêt dans une version très personnelle et totalement mensongère, inventer un témoin dudit échange pour me menacer sans ambigüité et enfin exiger que je revienne travailler au siège 5j/5j, alors on se demande ce qui se passe.

La première chose qui m'est venu à l'esprit c'est
d'avoir raté un épisode. D'avoir été frappée d'amnésie après avoir tourné un Pilote de série bidon. Et sans même revenir sur la teneur de ses propos, les questions que je me pose instantanément ont une lueur familière de déjà vécu. Comment quelqu'un à qui je "rapporte" autant, en qualité et en quantité de travail bénéfiques pour sa prime, quelqu'un à qui j'ai évité de se prendre les pieds dans des tapis retentissants, quelqu'un qui est censé défendre mes résultats et promouvoir mes performances peut-il m'attaquer ainsi ? Quelles sont donc ses motivations ? Quel intérêt, dans une entreprise qui est vendue et dont on sait que la Direction, lui compris, disparaît dans 2 mois ?

J'aime les énigmes; et dans les premiers instants, l'absurdité de sa violente attaque excite ma curiosité plus que mon angoisse. Nous avions passé un contrat verbal lors de mon entretien annuel :
- Tu ne peux pas passer 4 ou 5 j / semaine à Paris plutôt que 3 ? me demandait-il
- Eh bien... non, même si je le voulais, tu sais, parce que j'ai beaucoup d'animaux chez moi et personne ne s'en occupe pendant mon absence. Je ne peux donc m'absenter maximum que 3 jours d'affilée.
- Ah ok je ne savais pas. D'accord. Alors on continue ce régime tu travailles 2j/semaine de chez toi, mais tu me fournis un planning exact de tes jours et heures de présence au bureau.
- Bien sûr, merci chef.
Qu'ai-je bien pu faire pour qu'il soit lui aussi frappé d'amnésie et annonce du jour au lendemain la rupture de ce contrat dont il niera probablement l'existence ? Est-il vraiment frappé d'amnésie d'ailleurs ?... Ou applique-t-il ce précepte qu'il m'avait doctement énoncé lors de l'entretien où je lui avais annoncé que je ne comprenais pas pourquoi l'entreprise mettait fin à mon avenant de télétravail partiel puisque la précédente DRH m'avait promis que malgré la date de fin, on ne l'arrêterait pas. Me regardant avec une sorte de compassion, il avait rit :
- Ne jamais faire confiance ! Ce qui n'est pas écrit n'existe pas ! Tu sais ce que disait mon grand-père ? "Ne fais jamais confiance à personne, même pas à tes propres parents, ils peuvent très bien avoir un jour une raison de te trahir". Tu t'es fait avoir, tu le sauras maintenant...

Eh ben quand on s'appelle KiKa, qu'on s'est fait avoir une fois, eh bien... on peut parfaitement se faire avoir une 2e fois. Cette fois étant arrivée, je me l'écris et je vous le livre pour éviter une 3e fois, peut-être...

Alors voilà, en encouragement de mon excellent travail et de la quantité bien supérieure à ce que peut faire un seul responsable, je suis menacée harcelée et invitée à me rendre. Peut-être même est-il prévu à l'épisode suivant que je m'agenouille pour qu'on me tranche le cou d'un seul coup bien net.
Je ne sais pas. Je ne sais pas pourquoi tout ça. Je ne veux pas savoir. Si c'est une mauvaise série, il n'y en aura qu'une seule saison.
Alors je n'ai rien répondu à son mail et ai fini la journée en sifflotant quand je passais devant sa porte pour lui donner au moins une chance de gamberger en se demandant pourquoi je ne me précipitais pas dans le piège en allant crier à l'injustice dans son bureau.

Il est parti comme d'habitude plusieurs heures avant moi. Eh oui y a ceux qui bossent et ceux qui font bosser les autres. La seule manifestation qu'il a du fait que je suis encore en vie est un mot que je lui ai envoyé le lendemain l'informant de mon arrêt maladie pour une dizaine de jours. Juste de quoi le faire jubiler en se disant qu'il m'a bien minée et qu'il va encore  pouvoir s'acharner sur ma carcasse tremblante.

Je ne suis pas exactement bête mais il me faut un peu de temps pour comprendre et trouver les solutions intelligentes. Cette fois-ci il me faut même de l'aide. Beaucoup d'acteurs possibles dans ce dernier rôle. En premier lieu votre cher et tendre qui forcément déteste votre détresse, se mêle de vos affaires sans vous le dire et en se mettant en danger ce qui aura pour résultat de vous angoisser alors qu'il voulait faire preuve d'adresse et de bravoure, et qui va vous bombarder de questions et de critiques tellement dures que l'idée de mettre fin à tous vos problèmes vous effleure alors qu'il croyait vous soigner par la méthode forte, en vous soumettant à des électrochocs. Mais si vous êtes stupide au point de vous être fourrée dans une situation où vous alliez nécessairement finir en victime d'un hiérarchique incontrôlable, vous n'êtes pas totalement cinglée. L'heure des électrochocs n'était pas arrivée et ce trop-plein d'agressivité vous terrasse.
Et je craque.

"Docteur, aidez-moi. Je n'arrive pas à vivre. Celui qui me déteste m'agresse et celui qui m'aime m'agresse aussi. Je n'en peux plus... Je ne comprends pas... Aidez-moi ou je vais encore mourir." Voilà ce que m'a dit ma dernière patiente de la journée. Antécédents. 3 jours de coma. Hôpital psychiatrique pour dépression d'épuisement. Elle a surmonté sans traitement de fond, arrêté les antidépresseurs exactement de la mauvaise façon, du coup quelques années plus tard hop rechute. Mêmes motifs : éducation trop dure, incapacité à se donner le droit à l'erreur, incapacité à exprimer ses émotions sauf au moment de craquer totalement. Incapacité à dire non renforcée par un entourage qui l'encourage à faire profil bas. Mêmes symptômes : perte de repères, explosion de l'échelle de valeurs personnelles, sentiment de persécution et d'injustice, d'impuissance et surtout une culpabilité gigantesque et injustifiée. Diagnostic : anxiété et déprime classiques mais le genre à suivre quand même parce qu'après beaucoup de tentatives ratées, c'est le type de personne capable de réussir sa TS presque "accidentellement".

A tous ceux qui vont croiser mes lignes, j'ai toujours besoin de vous. J'ai besoin de gentillesse, de compassion et de soutien. J'ai besoin d'écoute même si vous ne comprenez pas a) mon problème b) mes réactions c) les deux. Ne répondez rien, ne me dites pas quoi faire, quoi penser, si ça vous démange, dites "à ta place, je pense que je ferais..." et laissez-moi le temps de souffler, de réfléchir, je vais trouver seule ma meilleure solution. Et ne vous faites pas de souci, relisez ma 3e phrase et vous comprendrez que perdre mon boulot ne m'effraie pas, j'ai trouvé l'ours de ma vie et notre amour fou m'a déjà sauvée.

Je vous en supplie, ne criez pas, n'insultez pas les conducteurs du dimanche les voyous les assistantes sociales, réjouissez-vous du beau temps qu'il fait, d'avoir la santé, une âme soeur, un enfant, un salaire, profitez de chaque instant de bonheur car personne n'est jamais à l'abri d'une injustice.

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