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Mauvais film

Insomnies, docteur, je fais des insomnies à répétition.
Pourtant je suis submergée d'occupations intellectuelles, celles qui me manquaient tant, je suis membre active dans 3 associations dont une où je suis vice-présidente, je traite mes quelques clients, je suis en veille permanente et m'auto-forme sur mon secteur d'activité, je lis, j'explore... Je me suis mise à faire du sport 3 fois par semaine pour me vider l'esprit et me défouler physiquement, et me voici, j'ai des douleurs dans le dos terribles et je sais que c'est dû au stress.
Aidez-moi.
Cette prière que j'adressais à mon écran, à mes chats et au ciel (Dieu sait s'il y a quelqu'un là-haut), je suis allée la faire au médecin du village d'à côté, vu qu'il n'y en a pas dans le nôtre. Kiné, comprimés anti-stress doux, approbation de ma consommation modérée de somnifères en vente libre, et conseil de voir une psy. Et voilà Bibi repartie bardée de prescriptions, pas très rassurée encore, mais avec le sentiment toutefois de se donner les moyens de s'en sortir. La sonnette d'alarme avait retenti quand je me suis endormie à 8h du matin une nuit où je m'étais couchée à minuit et demie. "Et vous êtes fatiguée la journée ? Vous avez des coups de barre ?" Non. Je ne dors jamais. Ni le jour ni la nuit. Dès que je me réveille c'est fini. En revanche, le peu que je dors, je dors très bien, très profondément.
Je me suis donnée un nombre d'activités hallucinant, je suis sur le brèche 24/24h. L'action, c'est agir contre la dépression, il paraît. Ne surtout pas avoir le temps de s'asseoir pour s'apitoyer, et s'entraîner soi-même au fond d'un gouffre qui n'est que psychologique. N'empêche, j'ai fini par éclater en sanglots l'autre nuit, aussi silencieusement que possible, happée par un sentiment de solitude violent. Mais le lendemain, surprise, il me demande après un silence très à propos : pourquoi tu pleurais hier soir ?
Je croyais que tu dormais... je ne sais pas. Je ne me sens pas bien. Je réfléchissais en même temps, ce que je n'avais pas fait depuis longtemps, pour ne pas donner trop de poids à ma douleur, ne pas mettre de mot sur mon mal. Et je sus. Pourquoi ne m'avait-il donc pas prise dans ses bras pour me consoler ? Cette solitude et la nervosité qui me rongent se seraient évanouis en un instant.
J'en arrive à prendre sur moi mais en laissant très maladroitement fuser quelques vieilles frustrations dont le dernier exemple est si trivial qu'on pourrait en être foudroyé de honte s'il était révélé au public.
"Dis... ce torchon, tu penses que je pourrais te mettre un crochet dans un placard ou trouver une solution pour qu'il ne traîne plus sur le robinet ? je ne supporte pas de le voir là".
Très bien amené, bien formulé, gentiment, rien à redire. Bel effort que je flingue en un instant sans dire qu'évidemment je peux ranger le torchon dans le placard même s'il me sert toutes les 15 secondes lorsque je suis dans la cuisine. Non, ce qui fuse c'est : "si tu t'en servais autant que moi, tu comprendrais à quel point c'est pratique de l'avoir sous la main !"
Boum. Bravo Kika, j'applaudis à deux mains, dans la bouche de Virginie Lemoine ça serait ptêt mieux passé mais là, ça n'a fait rire personne. Ca n'a pas loupé, ma tendre moitié pique une crise, entendant le reproche mais pas la charge de fatigue et de colère que j'exprime, encore un cri qui dit "je me sens si seule à tout gérer, à essuyer, nettoyer, laver, et si tu m'aidais davantage je me sentirais parfaitement bien".
Mais voilà, de décodeur il n'en a point, comme pas mal de mecs d'ailleurs, à part mes ex, faut croire que j'étais extraordinairement bien tombée. Et moi comme une dinde, sachant l'effet que fait ce genre de pique, je balance et Inch Allah, pourvu que ça le fasse réfléchir. Evidemment, rien ne se passe comme voulu. Point de "je comprends que tu me demande de participer un peu plus aux corvées, OK je vais t'aider ce week-end et une semaine sur deux c'est moi qui fais le ménage pendant que tu te reposes, d'accord ? En attendant, on le range ce vilain torchon ?"
Même si cela avait été un mensonge éhonté, je l'aurais avalé comme un Mojito et toute ragaillardie aurais oublié des semaines et des mois de
rancœur et on n'aurait pas entamé la guéguerre ridicule :
- Quoi ! Mais si tu te sers autant de ce torchon, c'est pour essuyer les traces que laissent TES chats partout !
- Certes, mais comme tu le dis si bien, c'est MOI qui nettoie mais c'est aussi TA maison !
- S'ils ne pourrissaient pas tout, tu n'en serais pas là !
- Ah oui ? parce que tu nettoies les dégueulasseries de TES chiens, par hasard ? NON ! C'est Bibi aussi qui s'y colle !
Et ainsi de suite, je vous épargne le reste sinon la honte va finir par m'achever.
Vive le sud-ouest et ses mâles qui croient que l'espèce féminine est là pour les corvées ménagères. Alors que vous savez parfaitement que célibataire, il faisait très bien son ménage et qu'il avait même une propension à être maniaque. En fait, c'est ptêt même de connaître cet antécédent qui vous fout encore plus en rogne. Ou alors c'est le fait de vous être mis toute seule le tablier de Conchita et de tout prendre en charge comme une conne alors qu'il n'en demandait pas tant et finalement; il y est si bien habitué qu'il ne sait même pas où est le détergent. La colère, je l'avais contre moi en fin de compte. Alors il n'a pas à la subir.
Bref, deux minutes après j'enterrai la hache de guerre, sachant parfaitement identifier l'erreur monumentale de communication que j'avais commise en répondant à sa gentille question d'origine (sur un sujet sur lequel nous étions entièrement d'accord, en plus !!), et sachant aussi la reconnaître.
Avouer sa faiblesse rend plus fort. Curieusement, il paraît que les hommes ne peuvent pas faire cela, être le plus fort, être constamment en compétition, ça doit être un de leurs gènes. Pour ma part, j'avais commencé ma vie comme ça, notamment dans mes rapports humains ou professionnels. Croire et faire croire que j'étais inébranlable, indestructible et en essayant d'être sans faille. Résultat, l'implosion, les tentatives de suicide ratées, le coma, et le réveil qui vous fait comprendre que vous êtes une frêle créature entourée de gens qui peuvent vous aider et vous donner de la force.
Et vous recommencez une nouvelle vie, ce qui est d'autant plus pratique que vous n'aviez que 26 ans quand vous êtes mort la dernière fois.

Et aujourd'hui, quoi ? Tout va bien, je cherche du boulot, j'ai des clients, quelques appels pour d'autres pistes de business, je suis très occupée, très entourée, mais ça reste des relations comme on s'en fait à Toulouse : cordiales et superficielles. Je me sens seule. J'ai perdu mon dernier meilleur ami, qui a contracté une allergie à mon sens critique. A force de dire tout haut ce que je pense, en
mal comme en bien, je ne m'attire pas l'amitié des plus susceptibles. Il faut avoir une sacrée dose de recul pour me supporter. Et l'énergie de me répondre. J'aime et provoque le débat. Mais ma pauvre fille, tu n'es plus dans ta Fac de Lettres, les gens normaux autour de toi ne polémiquent pas, à part sur la taxe carbone, Domenech ou la vaccination contre la grippe H1N1. Et tu ne sais pas toujours te taire quand il le faudrait ou garder pour toi tes envies de joutes verbales. Tu n'as aucun intellectuel autour de toi. Ils ne sont plus là, tes amis comédiens, énarques, enseignants ou philosophes, tu te trompes de public, tu te goures de ton, alors faut pas t'étonner si on tourne le dos à tes controverses.
OK ok. Ah maman, pourquoi m'as-tu éduquée ainsi, et pourquoi ai-je fui ce milieu pour me retrouver aujourd'hui comme un poisson dans une savane. Je ne retournerai pas auprès des "miens" car je préfère la légèreté des gens qui m'entourent aujourd'hui. Mais comment faire pour mieux m'y adapter ?
Un répertoire rempli, mais une telle solitude. Et lui qui me dit hier : "tu ne m'aimes plus, je le vois bien mais je le comprends et j'en suis désolé..." Ciel ! Quelle horreur ! Décidément nous conjuguons parfaitement SA manière d'être complètement à côté de la plaque et MA façon de m'exprimer de façon incompréhensible ! Je t'aime idiot mais je souffre tellement, j'en bave, j'en peux plus, j'ai besoin d'aide, et de toi plus que jamais, c'est toi qui peux me soigner, me guérir, il suffit de quelques mots, de quelques gestes, de quelques actes... Ne le vois-tu pas ? J'ai le sentiment de passer après tout le reste, le boulot, ta relation avec ton ex que tu crois me cacher et tes films qui le soir m'empêchent de m'exprimer parce j'ai besoin de parler, de dialoguer, de sortir, d'être avec toi, je ne m'en lasse pas. Tu me fascines et m'irrites comme une ortie que j'adore et dont j'apprends tellement, tu m'as obligée à apprendre à comprendre, à écouter à communiquer, j'essaie de m'intégrer dans un monde qui m'est étranger et grâce à toi je ne veux plus mourir même si je sais que ça mettrait un terme à toute cette souffrance. Je veux me battre, trouver la solution, je sais qu'elle existe, qu'elle n'est pas loin, je veux relever ce défi, alors ne baisse pas les bras. S'il te plaît sois compréhensif, indulgent, écoute-moi et sèche mes larmes. Je pardonne tes mensonges et tes secrets que je n'aime pas, parce qu'ils font partie de toi et que je t'accepte tel que tu es parce que mes faiblesses sont à la hauteur des tiennes. S'il te plaît n'abandonne pas sauf si tu ne m'aimes plus et retrouvons cette complicité que nous avons connue.
 
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