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La curiosité est un bien joli défaut :)

Explorations

Samedi 18 mars 2006

Je retrouvai la fin de ce long monologue : " ...ça te choque ?"
Son visage avait un ton au-dessus de la couleur de l'indifférence, cette nuance qui fait tellement regretter les confidences. Il eut simplement la politese de hausser les sourcils de façon à prouver qu'il venait d'entendre une histoire dont il n'imaginait pas la chute, avec une moue qui signifie en général "mouais...". Cette mimique qui dégage de la responsabilité d'un commentaire.
Mon malaise était celui de quelqu'un qui se dénude devant un inconnu et qui ne s'aperçoit pas d'abord qu'elle est espionnée. Il n'y avait personne d'autre. Son ego ne voulait pas y croire alors à mon tour je me suis levée sans rien ajouter et j'ai posé la lourde bague.

Je prends l'avion pour oublier. Ca devient une habitude, passer autant de nuits dans les airs que de jours sur terre. Libre, fonçant à la vitesse de mes rêveries et fuyant de trop jeunes souvenirs. Je ferme les yeux et une longue vieille brûlure trahit l'angoisse tapie au fond de ma peau. Elle a mis trois ans à me rattraper. Larmes qui tombent au dessus de la nuit. Ravage au désir. Je souffle sur mes paumes fiévreuses, suffoque, creuse mon foulard. Avant, le bleu de mes yeux coulait sur sa joue. Mais où est-il ? Et si je le retrouve, se noiera-t-il avec moi ?

Le signal lumineux ne s'allume pas, les ceintures se bouclent quand même et le film passe pour apaiser les turbulences intérieures. Un film, une fin, une baignoire, un rasoir. Lutter pour ne pas s'attarder sur le plateau-repas et son couteau en plastique dérisoire. Ne pas deviner la lave noire de mes veines. Il y a des gestes qui n'appartiennet pas à la vie. Ce corps déjà étranger est parcouru du dernier frisson de ceux qui meurent. Mais aucun mal ne tue moins que celui d'une femme qui attend en émiettant des rêves. Ceux d'un fiancé abandonné. Ceux d'une ex-fiancée qui abandonne en disant qu'elle n'a pas plus envie et qu'il n'y a personne d'autre.

Revenir ici au bout de tant d'années me donne la sensation d'avoir confié mon attente au hasard. Courir en amont de l'heure de retrouvailles improbables avec ma liberté c'est courir sur une côte assez raide où tout semble ralentir. Mais au moment où les pneus s'écrasent sur la piste, toute gravité s'envole et je roule et rebondis sur la nouvelle piste de ma vie.

Par Kika
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Dimanche 19 mars 2006
Si tu trouves un jour d'été
Enferme-le dans une boîte en paille
Dans une tour de sable
Dans une étreinte de vent
enferme-le dans le calice d'un pavot, sans forcer
Pour qu'il puisse un jour de nouveau
Apparaître un jour quand tu seras seul
Un jour d'hiver
Réapparaître comme un parfum
Un nom oublié
Un signe salutaire
Par Kika
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Mardi 21 mars 2006
Connaissez-vous l'histoire
De l'indécent décent ?
Non
Eh bien l'un des cent descend
Et les 99 autres
Restent en haut
Par Kika
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Mardi 25 avril 2006
La porte claque violemment. Pas la force de le retenir. Il était déjà parti. Il ne reviendrait pas. Il ne revient jamais même pour un parapluie oublié ou quand je hoquette dans l'entrée les yeux gonflés hagarde parce j'attends toujours des choses qu'il n'est pas prêt à donner. Perdre un visage pour gagner une paix. Tout est flou, la porte de la salle de bain, la petite armoire. Les bras écartés, les mains relâchant les poignées, je m'affaisse en claquant des dents. Une déchirure entre la vie et moi. Des lambeaux d'existence éparpillés en puzzle. Non pas encore une fois. Pas encore cette envie de tout rafler et de tout engloutir, toutes ces couleurs que je mélange comme une dernière fantaisie. Et si les mots étaient faits pour dire adieu ?

Je choisis d'abord les plus petits parce qu'en général ils sont plus puissants. Et quand on a la gorge serrée, c'est plus facile à avaler. Personne n'a jamais compris pourquoi je me suicidais. Heureusement d'ailleurs. Parce qu'avec des amis compréhensifs j'aurais réussi depuis longtemps. Quatrième remake. La dernière fois, adossée à des barbelés, j'avais essayé de me jeter sous un train. Ma veste avait poussé un cri déchirant et m'avait retenue par ses lambeaux.

Alors les cachets. Privilégiée entourée d'anxieux, je suis devenue une pro de la dose. Il ne me restait plus qu'à trouver le multiplicateur qui rapidement anéantirait la douleur. Parce que la douleur, je l'ai déjà. Il arrive qu'on ne se suicide pas pour culpabiliser quelqu'un ou pour se rendre intéressant. Juste pour en finir avec la douleur. Cette fois j'ai dépassé le seuil de perméabilité et la violence d'un lavage d'estomac ne me ferait plus revenir à la vie. Plus besoin de ressentir. Plus besoin de me réveiller. Et le téléphone n'a pas voulu sonner.
Je les aligne avec ravissement. Ils fondent sur la table en petits pâtés de larmes. Un verre d'eau et le tout attendrait ce soir. Je viens de décider avec cynisme de passer une journée réussie avant de prendre congé.

Mon entretien s'est passé à la perfection. Je me suis payée le luxe d'accepter le poste et de promettre d'arriver lundi. Une amie m'a invitée à dîner et m'a suggéré sans s'apitoyer une solution simple pour me sauver de l'échec.
En rentrant, je regarde en souriant le tas et le verre d'eau. Vieux complices. Je les fourre en vrac dans une boîte et jette les autres qui sont vides. Pour la prochaine fois.

La porte d'entrée s'ouvre. Il est rentré. Peut-être qu'il a remarqué les boîtes dans la poubelle mais il n'a rien dit. Fin de soirée agréable.
Un jour il rentra et je n'étais pas là. Il dîna et s'inquiéta et regarda la télévision pour se distraire. Il manqua de s'endormir, sursauta et alla se coucher sans se laver les dents. Puisqu'elle n'est pas là, se dit-il vaguement... Il s'écroula comme une masse.
A sept heures la sonnerie habituelle le tire de son état nauséeux. Une sourde colère le réveille complètement parce qu'il connaît la fille chez qui elle avait pu passer la nuit. Elle aurait pu appeler. Il se lève péniblement.
D'habitude, il sentait une fragrance sucrée, sa présence à elle, matinale, flottant dans la chambre. Aujourd'hui, rien. Ou plutôt si, une odeur un peu âcre, une lourde effluve qui rappelle quelque chose d'imprécis. Une odeur angoissante et désagréable. Un parfum d'absence définitive. De sang et de réussite.
Par Kika
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Mercredi 26 avril 2006

Des colliers d'eau se fracassent par terre et s'éparpillent dans le caniveau. Entre chien et loup il faut choisir le moindre. Alors je me décide à sortir et à me laisser mordre par le grand méchant ciel.
C'est à cet instant précis qu'il rentre chez lui et décide qu'il ne la laisserait pas s'échapper. On peut résister à tout sauf à la tentation, disait Oscar Wilde. Et si ce n'était pas une tentation mais un caprice, des deux, c'est quand même le caprice qui dure le plus longtemps.
Et si le caprice portait un nom, ce serait le sien
    Les doigts du caprice
        Couleur de métisse
            Saupoudrés sur sa peau comme une épice
Un grand sourire qui résonne et me déraisonne... invasion d'instants manqués, séparés par la platitude d'une table je me suis retenue de te donner la main, et toi de poser dessus une joue avide... Et regarder ensemble toutes ces paroles qui gravitent autour de nous qu'on n'ose pas se dire, tant d'élans réfrénés, tant de pensées inavouables inavouées, un baiser repoussé avec l'envie de le manger, oui se dire que notre rencontre est la plus imprévisible qui ait existé entre le ciel et l'enfer.

Par Kika
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Mercredi 23 août 2006
Dans la crasse du temps
Puise le vent
Des flocons de sang
Traces indélébiles des faibles sous les violents

L'eau figée coule agonisant
Les corps tombent face en avant
Les cadavres sont sur les dents
A quoi bon
mourir en dansant

La nuit dort contre l'argent
Crachats par terre
On marche dedans
Les non-vivants
Crèvent intensément

La Lune terrassera nos ruines
Et sous la tristesse qui grince
Le sol fleurira d'épines

(12/06/1995)
Par Kika
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Mercredi 23 août 2006



A un amant sans visage

A qui je n'ai donné que mon corps
Qui te soupire encore
Corps accord
Nuit couloir
Corps y dort

(1995)
Par Kika
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Mercredi 23 août 2006
Ceux qu'on n'a pas fini de dire
Ceux qu'on a écrits
Et qui ne veulent plus mourir
A l'endroit j'écris
Ces mots de sombres présages
Corbeaux éteints sur leur nuage
Chaque caillou de vos bouches
A l'envers je désécris
Ces mots ces faces
Fin du noir
Plus de place
Par Kika
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Samedi 2 décembre 2006
La confiance, notion fondatrice plus puissante et plus fragile que toute autre, capital qui une fois pleinement gagné ne connaît que deux états... Soit elle s'érode et se perd soit elle demeure mais ne peut se regagner une fois perdue.
Avoir une confiance totale et souhaiter qu'elle le reste, douce illusion... il y aura toujours une cachotterie découverte, un minuscule mensonge qui fera un mal inversement proportionnel, une ridicule petite tromperie que fautif on appellera "c'est juste un truc que je t'ai pas dit parce que j'y ai plus pensé je ne vois pas pourquoi je t'en aurais parlé je ne voulais pas que tu te mettes dans tous tes états et puis c'est tellement sans importance..."

"que tu te mettes dans tous tes états" ou "que tu t'énerves".. c'est drôle comme l'hypocrite rejette sur vous cette faculté à vous faire souffrir toute seule... Comme si la trahison, la tristesse et la déception que vous ressentez de découvrir sa lâcheté son incapacité à avoir suffisamment confiance en lui et en vous pour vous dire simplement et honnêtement toutes choses ne suffisaient pas. Il vous assassine de ses expressions libératrices et non content de s'absoudre de toute cachotterie, il vous assène que le mal vous vous le faites vous-même !

- J'ai oublié c'est tout.
- C'est drôle comme la seule chose que tu occultes c'est elle.
- Tu vois tu t'énerves c'est pourquoi je préfère ne pas en parler.
- Donc tu admets l'avoir occulté délibérément et non plus avoir oublié.
- Mais ça n'a pas d'importance ! Ce n'est pas important !
Si ça a si peu d'importance... pourquoi le cacher.

Peut-être que tu as raison... En entendre parler m'énerve,
mais entendre ta mauvaise foi tue ma confiance.

Si quelque chose de si insignifiant peut faire de tels ravages... la question est de savoir ce que je veux préserver : une relation si dénuée d'importance que je me décarcasse à garder secrète ou une relation de confiance que je vais briser par manque de courage...
Par Kika
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Samedi 12 mai 2007

Pas d'engueulades, pas de critiques, pas de repas à préparer, pas d'horaires en dehors du boulot, pas de coup de fil pour prévenir, pas d'avis à donner, pas de malentendus, rien à contredire, pas de conseils à supporter, pas d'explications à founir, pas de projets à long terme, égoïsme et légèreté...
Qui suis-je ?
Un anachorète célibataire.
Et si j'ai oublié quelque chose, faites-le moi savoir.


Par Kika
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