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Journal de bord d'une baleine VIII

A Las Vegas, un espoir... Mais nous passons devant la chapelle de notre hôtel, le Luxor et rien... Le lendemain, dernier jour avant de quitter la ville, j'emmène ton père en ville traverser le quartier des chapelles américaines si pittoresques... Rien n'y fait, ni allusion, ni promesse... Quand nous partîmes mon coeur s'émietta un peu. Ce n'est pas ici que ça se passera alors que nous en avions plaisanté une fois... Se marier à Las Vegas... Une formule informelle... Mais si nous ne le faisons pas ici, alors le vrai, on ne le fera jamais :'(

Tant pis, je ne dis rien et le voyage fut génial. Je n'ai jamais été aussi en forme, il a fait un temps splendide et le mois de mai a été idéal pour un tel voyage. Quelle émotion, de t'avoir emmenée de Los Angeles à San Francisco, d'avoir gravi le Grand Canyon en haletant joyeusement au bras de ton père sous les yeux ébahis des touristes. Il est probable qu'ils n'ont pas souvent vu de baleines au milieu des sequoias :)

Le reste de l'été au bord de l'Atlantique parce que ton papa craignait que je ne souffre trop de la chaleur sur la Méditerranée fut comique. 15 jours de camping 4**** à Sanguinet, trouvé par un deal Groupon... il a beaucoup plu et nous avons passé le plus clair de notre temps à jouer à Angry Birds avec Jérémy dans notre super mobilhome. Nous avons cuisiné et ri, fait des pancakes et couru à la piscine à la moindre éclaircie, Il faisait bon et au fond, nous avons passé d'excellents moments. Pour notre 2eme anniversaire de PACS, papa nous a offert un resto magnifique, le meilleur de la côte, où j'ai englouti le plateau de fruits de mer dont je rêvais depuis longtemps. Comme il est déconseillé de manger des crustacés surtout crus étant enceinte, j'avais fait très attention et m'étais longuement privée d'huîtres, mais au bord de la mer dans un restaurant de cette qualité, je me suis rattrapée et m'en félicite tous les jours ! Ce fut un régal arrosé d'eau plate puisque je ne buvais pas une goutte d'alcool pour préserver ta santé et le bon développement neurologique de ton petit cerveau.

Nous avons grimpé la dune du Pilat, tu aurais ri si tu avais vu ta baleine de mère rebaptisée Moby Dick par ton père crapahutant dans le sable en refusant toute facilité et guettant toujours les WC qui m'appelaient toutes les heures environ. Puis nous sommes rentrés et je me suis mise en tête de transformer l'appartement. La vente de la maison que j'avais construite à Albiac étant conclue après 1 seule visite (il faut dire qu'à 320k€, ils faisaient une affaire et moi je vendais au-dessus du prix du marché), j'ai voulu améliorer le confort du petit T3/T4 de HLM où nous vivons avec ton papa.

Bien sûr repeindre les murs de notre ancienne chambre qui allait devenir la tienne : papa en pleine canicule du mois d'août en train de passer 4 couches de blancs avec amour, lui qui ne sait même pas changer une ampoule, un exploit ! Ensuite nous avons posé ton lino, je suis allée acheter tes meubles, penderie, table à langer et lit à barreaux auprès de particuliers qui vendaient sur LeBonCoin. Papy et papa les ont montés et papy a également monté la cuisine que j'ai achetée, la penderie de notre chambre et effectué une multitude de travaux de la découpe et pose de plinthe à la tapisserie et passant par le ponçage... J'ai voulu rester dans cet appart mais en le rendant fonctionnel pour ton arrivée car je souhaitais consacrer mon énergie à m'occuper de toi et non à chercher de la place pour ranger tes biberons et bricoler un mobilier obsolète.

Nous avons créé une chambre supplémentaire en réduisant le salon au strict minimum utile sachant que nous n'y passons pas beaucoup de temps, la salle de vie étant la cuisine après la chambre.

Je commence à avoir les pieds qui gonflent beaucoup, les chevilles disparaissant dans la rétention d'eau. La kiné ne me soulage que temporairement, avec de petits massages pour favoriser le retour veineux. Je me suis acheté des chaussures de pointures 39 avec une certaine incrédulité... mais ça fait un bien fou de ne plus être serrée !

Mon ventre pèse... j'ai pris 15 kg !!! Moi qui n'avais jamais réussi à grossir de ma vie, cela tient de l'exploit :) Mes seins sont énormes et plaisent beaucoup à papa et même aux copains. Ces formes me plaisent, moi qui me suis toujours considérée maigrichonne, privée de ces formes avantageuses si féminines. Cela se voit. Grâce à ta venue, je rayonne de bonheur et on me le fait remarquer tout le temps. Je commence à avoir du mal à dormir car aucune position n'est agréable. sur le dos le ventre pèse trop sur mes organes. Sur le côté ça va mais je m'ankylose et suis obligée de me tourner régulièrement ce qui me réveille car j'ai des douleurs dans le dos et la mauvaise idée d'aller chercher du soulagement à l'école d'osthéopathie mais les étudiants sont vraiment nuls. Les cours avec la sage-femme sont terminés et nous avons cessé de déranger les cours avec nos crises de fou rire aux larmes avec papa qui m'a toujours accompagnée.

A 8 mois maman me demande d'aller lui rendre visite, ce que je fais avec 8h de train aller et retour... Elle a été tellement odieuse en critiquant le choix du prénom que nous souhaitons te donner que cela a déclenché dans un côté de mon ventre une douleur brusque, inconnue et récurrente. Je téléphone à la sage-femme pour lui demander ce qui peut être en train de m'arriver. Un stress ? me demande-t-elle. Cela ressemble bien à une contraction. Et quand cela commence, cela ne s'arrêtera plus me dit-elle. Je suis atterrée.

Le soir, j'apporte les échographies en 3D de ma chambre pour les montrer à ta grand-mère. On y voit ton adorable petite bouille comme une poupée ! A peine les ai-je mises sous ses yeux qu'elle s'écrie "bah qu'elle est moche !" et quand elle commence à ajouter "comme toi quand tu es née... " ç'en est trop. Je lui arrache la planche des mains, je lui dis ça suffit, si c'est pour entendre ça... et je retourne dans ma chambre en claquant la porte. J'appelle ton papa en pleurant. Il me somme de rentrer le lendemain et non le surlendemain comme prévu. Cela ne fait que 2 jours que je suis partie mais il a raison. Je suis effondrée. Après les "Léa ? tu plaisantes, tu ne peux pas lui donner un nom pareil ! C'est un prénom de bonniche ! Comment Mathieu peut accepter cela ? J'espère que tu vas en changer d'ici-là..." etc etc, je ne peux plus accepter ses attaques sur toi, mon amour, ma fille, si désirée, tu existes pour moi, tu es Léa et il n'est plus question de subir sa folie absurde.

Le lendemain matin je jette mon billet de train et en achète un autre pour rentrer me blottir dans les bras de ton papa bien-aimé. Les contractions sont douloureuses comme des points de côté mais inoffensives. Il a fallu cela pour que je me rebelle vraiment et prenne position contre ma propre mère, m'émancipe et devienne à mon tour la maman qui a déjà commencé à te protéger. Je commence à me dire que le corps est tellement bien fait que malgré le fait que j'adore la grossesse et même ses petites contraintes (repos, pas d'alcool, pas de cacahuètes ni de lait cru, de fruits de mer, de soleil direct et de zones sans WC à moins de 500m...) tout est fait pour que j'ai envie d'accoucher. Mais cette étape finale me fait un peu peur et je crois que j'ai très envie que tu restes là-dedans bien au chaud, protégée de tout sous ma responsabilité et nous sommes tellement choyées et admirées par tout le monde (à part ma mère) que si ça s'était prolongé éternellement, cela m'aurait parfaitement convenu.