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Journal de bord d'une baleine VIII

A Las Vegas, un espoir... Mais nous passons devant la chapelle de notre hôtel, le Luxor et rien... Le lendemain, dernier jour avant de quitter la ville, j'emmène ton père en ville traverser le quartier des chapelles américaines si pittoresques... Rien n'y fait, ni allusion, ni promesse... Quand nous partîmes mon coeur s'émietta un peu. Ce n'est pas ici que ça se passera alors que nous en avions plaisanté une fois... Se marier à Las Vegas... Une formule informelle... Mais si nous ne le faisons pas ici, alors le vrai, on ne le fera jamais :'(

Tant pis, je ne dis rien et le voyage fut génial. Je n'ai jamais été aussi en forme, il a fait un temps splendide et le mois de mai a été idéal pour un tel voyage. Quelle émotion, de t'avoir emmenée de Los Angeles à San Francisco, d'avoir gravi le Grand Canyon en haletant joyeusement au bras de ton père sous les yeux ébahis des touristes. Il est probable qu'ils n'ont pas souvent vu de baleines au milieu des sequoias :)

Le reste de l'été au bord de l'Atlantique parce que ton papa craignait que je ne souffre trop de la chaleur sur la Méditerranée fut comique. 15 jours de camping 4**** à Sanguinet, trouvé par un deal Groupon... il a beaucoup plu et nous avons passé le plus clair de notre temps à jouer à Angry Birds avec Jérémy dans notre super mobilhome. Nous avons cuisiné et ri, fait des pancakes et couru à la piscine à la moindre éclaircie, Il faisait bon et au fond, nous avons passé d'excellents moments. Pour notre 2eme anniversaire de PACS, papa nous a offert un resto magnifique, le meilleur de la côte, où j'ai englouti le plateau de fruits de mer dont je rêvais depuis longtemps. Comme il est déconseillé de manger des crustacés surtout crus étant enceinte, j'avais fait très attention et m'étais longuement privée d'huîtres, mais au bord de la mer dans un restaurant de cette qualité, je me suis rattrapée et m'en félicite tous les jours ! Ce fut un régal arrosé d'eau plate puisque je ne buvais pas une goutte d'alcool pour préserver ta santé et le bon développement neurologique de ton petit cerveau.

Nous avons grimpé la dune du Pilat, tu aurais ri si tu avais vu ta baleine de mère rebaptisée Moby Dick par ton père crapahutant dans le sable en refusant toute facilité et guettant toujours les WC qui m'appelaient toutes les heures environ. Puis nous sommes rentrés et je me suis mise en tête de transformer l'appartement. La vente de la maison que j'avais construite à Albiac étant conclue après 1 seule visite (il faut dire qu'à 320k€, ils faisaient une affaire et moi je vendais au-dessus du prix du marché), j'ai voulu améliorer le confort du petit T3/T4 de HLM où nous vivons avec ton papa.

Bien sûr repeindre les murs de notre ancienne chambre qui allait devenir la tienne : papa en pleine canicule du mois d'août en train de passer 4 couches de blancs avec amour, lui qui ne sait même pas changer une ampoule, un exploit ! Ensuite nous avons posé ton lino, je suis allée acheter tes meubles, penderie, table à langer et lit à barreaux auprès de particuliers qui vendaient sur LeBonCoin. Papy et papa les ont montés et papy a également monté la cuisine que j'ai achetée, la penderie de notre chambre et effectué une multitude de travaux de la découpe et pose de plinthe à la tapisserie et passant par le ponçage... J'ai voulu rester dans cet appart mais en le rendant fonctionnel pour ton arrivée car je souhaitais consacrer mon énergie à m'occuper de toi et non à chercher de la place pour ranger tes biberons et bricoler un mobilier obsolète.

Nous avons créé une chambre supplémentaire en réduisant le salon au strict minimum utile sachant que nous n'y passons pas beaucoup de temps, la salle de vie étant la cuisine après la chambre.

Je commence à avoir les pieds qui gonflent beaucoup, les chevilles disparaissant dans la rétention d'eau. La kiné ne me soulage que temporairement, avec de petits massages pour favoriser le retour veineux. Je me suis acheté des chaussures de pointures 39 avec une certaine incrédulité... mais ça fait un bien fou de ne plus être serrée !

Mon ventre pèse... j'ai pris 15 kg !!! Moi qui n'avais jamais réussi à grossir de ma vie, cela tient de l'exploit :) Mes seins sont énormes et plaisent beaucoup à papa et même aux copains. Ces formes me plaisent, moi qui me suis toujours considérée maigrichonne, privée de ces formes avantageuses si féminines. Cela se voit. Grâce à ta venue, je rayonne de bonheur et on me le fait remarquer tout le temps. Je commence à avoir du mal à dormir car aucune position n'est agréable. sur le dos le ventre pèse trop sur mes organes. Sur le côté ça va mais je m'ankylose et suis obligée de me tourner régulièrement ce qui me réveille car j'ai des douleurs dans le dos et la mauvaise idée d'aller chercher du soulagement à l'école d'osthéopathie mais les étudiants sont vraiment nuls. Les cours avec la sage-femme sont terminés et nous avons cessé de déranger les cours avec nos crises de fou rire aux larmes avec papa qui m'a toujours accompagnée.

A 8 mois maman me demande d'aller lui rendre visite, ce que je fais avec 8h de train aller et retour... Elle a été tellement odieuse en critiquant le choix du prénom que nous souhaitons te donner que cela a déclenché dans un côté de mon ventre une douleur brusque, inconnue et récurrente. Je téléphone à la sage-femme pour lui demander ce qui peut être en train de m'arriver. Un stress ? me demande-t-elle. Cela ressemble bien à une contraction. Et quand cela commence, cela ne s'arrêtera plus me dit-elle. Je suis atterrée.

Le soir, j'apporte les échographies en 3D de ma chambre pour les montrer à ta grand-mère. On y voit ton adorable petite bouille comme une poupée ! A peine les ai-je mises sous ses yeux qu'elle s'écrie "bah qu'elle est moche !" et quand elle commence à ajouter "comme toi quand tu es née... " ç'en est trop. Je lui arrache la planche des mains, je lui dis ça suffit, si c'est pour entendre ça... et je retourne dans ma chambre en claquant la porte. J'appelle ton papa en pleurant. Il me somme de rentrer le lendemain et non le surlendemain comme prévu. Cela ne fait que 2 jours que je suis partie mais il a raison. Je suis effondrée. Après les "Léa ? tu plaisantes, tu ne peux pas lui donner un nom pareil ! C'est un prénom de bonniche ! Comment Mathieu peut accepter cela ? J'espère que tu vas en changer d'ici-là..." etc etc, je ne peux plus accepter ses attaques sur toi, mon amour, ma fille, si désirée, tu existes pour moi, tu es Léa et il n'est plus question de subir sa folie absurde.

Le lendemain matin je jette mon billet de train et en achète un autre pour rentrer me blottir dans les bras de ton papa bien-aimé. Les contractions sont douloureuses comme des points de côté mais inoffensives. Il a fallu cela pour que je me rebelle vraiment et prenne position contre ma propre mère, m'émancipe et devienne à mon tour la maman qui a déjà commencé à te protéger. Je commence à me dire que le corps est tellement bien fait que malgré le fait que j'adore la grossesse et même ses petites contraintes (repos, pas d'alcool, pas de cacahuètes ni de lait cru, de fruits de mer, de soleil direct et de zones sans WC à moins de 500m...) tout est fait pour que j'ai envie d'accoucher. Mais cette étape finale me fait un peu peur et je crois que j'ai très envie que tu restes là-dedans bien au chaud, protégée de tout sous ma responsabilité et nous sommes tellement choyées et admirées par tout le monde (à part ma mère) que si ça s'était prolongé éternellement, cela m'aurait parfaitement convenu.

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Ma douce

Bonjour ma douce,

Cela faisait longtemps que je n'avais pris le temps d'écrire. Pourtant cela me manque viscéralement, comme une envie de fumer pour quelqu'un qui a arrêté sans conviction. J'ai donc décidé de reprendre car cela fait partie de ma thérapie, et ce sera pour t'écrire à toi. Si rédiger mon Journal pour moi-même, sans trop savoir pourquoi, sans raison, comme lorsqu'on écrit un Journal intime quoi ne me motivait plus assez, je sais que te laisser ces lignes à toi me feront saisir le clavier à coup sûr.

J'écrirai ces lignes pour que tu puisses mieux me connaître si tu le désires, quand tu auras grandi et seras en âge de comprendre ce que je te confie aujourd'hui. Mais aussi pour que tu puisses toucher du doigt ce que je ressens et vis au fil des jours en ta compagnie et celle de ton incroyable papa. Tu découvriras nos joies, nos réussites, nos peurs, nos soucis, nos échecs et notre inébranlable foi issue du ciment de notre jolie petite famille. J'emploie le mot foi hors de tout sens religieux, étant profondément et indécrottablement athés avec ton père ; c'est plutôt pour que tu te représentes la certitude du bonheur dans lequel nous vivons, si puissamment heureux d'être ensemble et de t'avoir donné la vie que rien ne pourra jamais défaire ni faire de l'ombre à cette allégresse quotidienne.

 

Après ce préambule, ma chérie, sache que comme tant de fois, chaque matin, chaque jour, pendant chacune de tes siestes bienfaitrices, je suis là, à écouter entre chaque battement de mon coeur, attendant ton réveil... surtout le matin, quand à 7h30 mes yeux s'entrouvrent et je regarde avant toute chose si la lumière du babyphone est bien là, verte et rassurante, avant de vérifier l'heure et de me dire invariablement "je suis vraiment programmée pour me réveiller àc ette heure-ci quelle que soit l'heure à laquelle je me suis couchée la veille". Quand je suis vraiment épuisée par plusieurs nuits courtes, je me réveille à 8h30... et toujours avant toi de toute façon :)

Mais venons-en aux faits : je pense à toi et à ton doux petit visage tout rond, à ton sourire immense, quand je me penche sur ton lit pour te dire bonjour en accompagnant ma voix du signe dans le langage des sourds et que tu saisis mon pouce entre tes minuscules doigts. L'émotion qui m'envahit est indescriptible et déjà du fond de mon lit, anticipant cet instant, les larmes de bonheur me montent aux yeux. Je t'aime à la folie mon amour.

 

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Gesret

Un espoir immense m'envahit. A la fin de ma lecture, mes yeux se remplissent de larmes. 37 ans et demi pour découvrir qu'à partir d'un drame, un monsieur a trouvé le moyen de guérir des millions de personnes comme moi. Et je ne parle pas de soulager des souffrances qui font partie de notre vie. Je parle de guérison.

Au revoir Ventoline et corticoïdes. Finis les regards désapprobateurs des innombrables médecins qui m'ont vue arriver ahanant, épuisée, à moitié agonisante une fois car n'ayant pris aucun traitement durant trois jours. Vous prenez un traitement de fond ? Le Sérétide ? Arf, jamais réussi à aller jusqu'au bout d'un traitement aussi contraignant. Enfin si, la première fois. Et quand j'ai constaté l'année suivante que ça ne m'avait opas guérie et que j'avais de nouveau de crises d'asthme de dingues, je n'y croyais plus... Et moi quand je n'y crois plus...

Et puis la Lactaliste. A laquelle je m'inscris négligemment, pour partager avec d'autres mamans solitaires des tuyaux et infos sur les bébés. Et par chance, on y parle de tout, c'est magique, je ne lis pas tout, pas le temps, mais par hasard je tombe sur cet échange sur Jacques Robert Gesret et sa méthode. Et je ne sais pas pourquoi mais j'y crois. Enfin si, à cause des témoignages poignants d'enfants qui, comme moi, ont été laissés pour asthmatiques à vie, sont passés par des nuits douloureuses, des quintes de tous à n'en plus finir, cette angoisse irrépressible de mourir en n'arrivant plus à respirer. Des témoignages de guérison grâce à cette méthode. Et puis la pertinence de la présentation : effectivement, on a toujours traité les symptômes. Maman m'a envoyé dans les meilleurs établissements hospitaliers de Bangkok à Necker mais jamais personne ne m'a guérie malgré toute la bonne volonté des éminents professeurs qui ont bien voulu s'occuper de moi dont le Pr Paupe qui m'a probablement sauvé la vie. 

Mais pourquoi on ne s'est pas interrogé sur la structure qui fait que ma fonction respiratoire était défaillante de façon chronique ? En voilà enfin, une bonne question ! Alors je clique, le coeur battant, sur la carte de France et... oui ! il y en a un, un seul praticien formé par Gesret dans le 31.

Je n'attends qu'une chose, de convenir du rendez-vous qui va peut-être profondément et durablement changé ma vie. Et qui sait, peut-être un jour celle de ma petite fille si jamais elle se mettait à souffrir d'asthme comme moi ou de psoriasis ou d'eczéma comme d'autres qui ont été guéris par cette incroyable et simplissime méthode.



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Journal de bord d'une baleine VII

Ce fut l'un des plus beaux voyages que ta maman ait fait, ma Léa chérie, en tout cas ce fut le plus merveilleux, car nous étions déjà tous les trois, avec ton adorable papa dans le pays de mes rêves. Début mai, nous partîmes grâce à un obscur site de ventes privées de vacances (très en vogue, les ventes privées à notre époque de crise) : club-privé-vacances. En tout cas, nous, on ne s'est pas privés de vacances ! Fraîchement licenciée en fin période d'essai renouvelée par TARLAN qui ne pouvait qu'accepter de le faire car 1/ ça ne leur coûtait aucune indemnité de départ 2/ ça les arrangeait grave que je me barre des effectifs plutôt que de me payer ma maternité 3/ ils me faisaient faire à la fin le boulot de leurs stagiaires recrutement car je bossais dix fois plus et avec dix fois trop de sérieux, bref, donc ayant gaiement quitté ces fous furieux qui se crachaient trop dans le dos à mon goût, j'ai embarqué avec papa et toi dans mon joli petit ventre arrondi, pour Los Angeles.

Cela a commencé par une rencontre fort désagréable avec l'hôtesse de la compagnie à bas prix Easy Jet dont le culot n'avait d'égal que ma stupeur. Me voyant arriver pour enregistrer notre valise, elle me demande : vous êtes enceinte ?

- Oui, ai-je souri avec bonheur.

- De combien ?

- 4 mois, ai-je menti toujours aussi souriante, histoire de minimiser d'un mois l'évènement qui semblait subitement la contrarier.

Vous êtes sûre ?

Epoustouflée, je commençai à perdre patience :

- Oui pourquoi ?

- Parce que vous en avez peut-être deux alors...

Je n'étais pas franchement énorme et loin de plaisanter, elle avait un ton sarcastique qui me déplut au plus haut point. Je saisis les billets, les passeport et je m'éloignai sans un mot d'un air savamment outré.

Vite oubliée, cette scène fut suivie dans l'avion d'un broyage en règle de ma main droite par ton papa qui a peur de l'avion et qui ne put s'empêcher d'être anxieux malgré la session d'hypnose avec Fred Guégan qui m'avait pourtant fait arrêter de fumer en une seule séance.

Ne t'inquiète pas déjà chéri, parce que vu le nombre de vols que nous allons prendre, il va falloir que tu prennes sur toi !!!


 

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Journal de bord d'une baleine - VI

13 avril 2012. J'ai fait le plein de pantalons élastiques et de chemisettes hyper amples destinées à cacher mes nouvelles formes au boulot. Ca marche plutôt bien et en fait, ça a été la même chose dans ma tête pendant un moment : je ne savais pas si je restais ou si je quittais ce job infernal.

Nous sommes parties en séminaire toutes les deux en janvier, un truc incroyable où on a dormi dans un espèce de 5 étoiles avec 4 étages de Spa (où je pouvais encore nous exiber en maillot 2 pièces avec juste l'air d'avoir abusé de la dinde et de la bûche) et des activités d'hiver de dingues. J'ai fait du chien de traîneau, du Skidoo, du canot pneumatique sur des pentes enneigées, mangé dans des restos gastronomiques en prétendant ne pas boire d'alcool, laissé tomber l'hélico au-dessus des Pyrénées et le ski... Ensuite il y a eu un autre séminaire à Paris sur le thème des Super-Héros où les cocktails fumants étaient servis par des Batmen et des Catwomen et où on pouvait pourchasser des Captain America et autre Supermen en slip moulant en sortant d'un laserquest.

C'est ce soir-là que j'ai discuté encore avec quelques collègues d'autres régions, pour comprendre que finalement, personne ne pigeait rien à l'expertise des ingénieurs recrutés mais que tout le monde s'en foutait, l'idée étant juste de les placer chez les clients... Bref, ce soir-là j'ai compris que cette façon de travailler n'était pas faite pour moi et le lundi je me ruais en l'absence de mon boss en vacances dans le bureau de son chef pour claquer ma démission.

De toute façon, il devait tout avoir préparé pour mon départ, et m'avait juste demandé de rester 1 ou 2 mois de plus en attendant ma remplaçante. En fait, personne n'était au courant et c'est en allant déclarer aux RH que je souhaitais partir que les choses ont commencé à bouger et que je fête aujourd'hui dans un immense soulagement mon départ administratif. Et voilà, la folledingue que je suis, enceinte de 4 mois tout pile, sans emploi et fière de ma décision. J'avais quitté mon job précédent en trouvant l'ambiance et les méthodes insupportables, et voilà que je trouvais 10 fois pire. Comme quoi... C'est une belle leçon à retenir.

Le rendez-vous au Pôle Emploi fut épique aussi. L'agent zélé me reçoit, me pose un tas de question sur ma formation, mon parcours et, sans tenir compte de ma tenue soulignant un ventre explicite, conclut par un "et vous êtes disponible immédiatement ? Vous allez recevoir une convocation de Pôle Emploi Cadres pour le suivi de votre recherche d'emploi." Oui monsieur" ai-je souri, docile car la seule chose qui m'importait, était de m'inscrire aujourd'hui pour percevoir des indemnités outrageusement plus élevées que le salaire que me versait mon boss précédemment.

 

Et voilà ma pupuce, nous repartîmes gaillardement, prêtes à aller reposer mon cerveau fatigué de ce milieu professionnel odieux et visiter avec papa de charmantes boutiques de puériculture pour te trouver ta future chambre.

 

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Journal de bord d'une baleine - V

16 janvier 2012. 1er rendez-vous à midi vingt -toujours à l'insu de ma boîte - au centre d'échographie des Carmes. Nous sommes enfin invités à entrer dans le cabinet et en me dandinant, je demande : ça va être long ? parce que là j'en peux plus déjà 

Mon chéri me jette un coup d'oeil étonné et c'est le médecin qui répond : ça ne sera pas très long, je comprends, comme vous êtes sage, vous êtes bien venue avec la vessie pleine comme demandé.

Ben oui et tout ça pour que 10 minutes après elle me dise : bon en fait on voit beaucoup mieux maintenant que la vessie est vide, la prochaine fois vous n'aurez pas besoin de...

Oui ben ça fait combien de temps que vous faites ça parce que vous êtes en train de découvrir quelque chose, là ?? 

Bon bref, qu'importe, après le haricot que nous avons vu le 5 janvier quand je suis allée faire une prise de sang pour confirmer ce que disait le test de pharmacie et que ma gygy m'a fait la toute première écho en me disant vous voyez là ? la petite forme avec un point brillant qui clignote au milieu qui est son coeur qui bat... Nous te distinguons très nettement, avec tous tes membres, tes petites jambes, les chevilles, les pieds avec tous tes orteils déjà, et tes mains avec tes minuscules petits doigts, ton thorax, ton coeur encore que nous écoutons qui bat à 162 pulsations/minute, et ta tête encore grosse, disproportionnée, mais tout y est, le médecin est content, il m'entend témoigner que je n'ai jamais été aussi en forme de toute ma vie et pour elle tout se passe parfaitement bien. Tu n'es plus un haricot mais un petit alien et j'en suis émue aux larmes en tenant la main de ton papa qui reste muet, ému et ne sachant comme exprimer ce qu'il ressent.

J'aurais bien aimé qu'il soit plus exubérant, ma grande peur c'est qu'il soit blasé alors que pour moi tu es un miracle dont je ne me croyais pas capable et tu es si agréable à vivre que c'est à chaque échographie que je réalise vraiment que tu es là...

Un jour j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, en réalisant que la première fois est unique et mon chagrin était immense et ineffaçable.... Mes sentiments mêlaient à la fois le désespoir qu'il ait déjà eu un enfant et qu'il n'éprouve pas pour toi ce que je ressens, cette émotion, de la colère aussi envers moi-même qui avais rejeté Fred uniquement parce qu'il avait eu des enfants et que je m'étais promis que je ne fonderai jamais de famille avec un type qui ne serait pas comme moi un célibataire non-parent, de la rage parce que tout ça est irréversible, de la culpabilité parce que ce n'est pas de la faute de l'homme que j'ai choisi et que si je l'aime, je dois simplement respecter son passé, du découragement parce que je ne sais pas faire face à ce mélange de sentiment d'être dans une situation que je ne voulais pas, que j'ai combattu, qui m'avait déjà fait souffrir et que d'un autre côté j'accepte aujopurd'hui parce que j'aime ton papa comme jamais personne n'a aimé quelqu'un... Bref. Ma vie et mes contradictions.

Aujourd'hui tu fais 12 cm et d'ici le prochain rendez-vous, à chaque fois que je verrai un objet qui fait 12 cm, je penserai à toi par réflexe, une feuille pliée en deux, une cuillère à soupe, une boite de dvd...

Pour fêter ça nous sommes allés déjeuner dans un resto thaï toujours près des Carmes et je continue à ingurgiter variétés de goûts et d'épices en me disant que j'adore l'idée de te faire goûter déjà tout ça. La vie est pleine de couleurs et de choses incroyables, tu verras, j'ai très hâte de participer à te les faire découvrir 

 

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Journal de bord d'une baleine - IV

3 janvier 2012. Bon, je m'avance un peu mais selon mes savants calculs et à force de lire des trucs sur Internet, je commence à m'y connaître, je devrais avoir eu mes règles entre le 29 et aujourd'hui. Toujours rien et je ne sens pas que ça va venir. Aucun des symptômes habituels : fatigue, seins qui gonflent... J'ai dit à une copine que j'allais faire un test et je ne l'ai pas fait. Peut-être parce que je lui ai dit et que du coup je me suis dit c'est ridicule.

4 janvier 2012. En revenant de déjeuner à la maison vers le boulot, au feu rouge, une pharmacie. Je fais un créneau brutal et décide d'aller acheter un test. Mes coups de tête sont rares mais comme je sais que souvent je réfléchis trop au lieu d'agir, cette fois je me lance. Je suis très étonnée du prix. 2€ pour un test certes le plus ordinaire mais la pharmacienne m'explique qu'ils sont tous fiables et que les exorbitantes différences de prix ne sont dûs qu'au packaging, à la notoriété de la marque et au "confort de lecture" qui fait que le machin te chante "t'es enceinte ! t'es enceinte ! " sur un air de Johnny avec un clignotement de guirlande de Noël au lieu de t'afficher sobrement les fameuses deux barres roses. J'opte pour la petite barrette en plastique blanc et sa classique languette à tremper dans l'urine (berk); de toute façon elle me dit l'interprétation est claire : soit pas de barre qui s'affiche, soit deux barres qui même très claires signifient que... ça y est.

 

Bon, ça me semble à ma portée. Je l'emporte et le fourre dans mon caisson de bureau. Trop de boulot. Il faut que je me fasse à l'idée avant de passer à l'acte. Ca y est, je recommence à intellectualiser. 15h42. L'envie pressante me décide. Autant faire d'une pierre deux coups, après tout je me fais peut-être des montagnes pour rien. Je déballe le truc et range soigneusement les débris de l'emballage pour les ramener chez moi. On ne sait jamais, que penserait mon employeur si quelqu'un venait à découvrir que je fais des tests de grossesse alors que je suis là depuis 1 mois et demi ?! La notice dit qu'il faut patienter 3 minutes pour que le résultat soit vraiment visible et donc fiable. 3 minutes enfermée dans les WC ? A peine louche, déjà. Il faudra que je pense à tirer la chasse d'eau une deuxième fois en sortant.

 

A peine trempé le truc affiche instantanément 2 barres d'un rose foncé éclatant. La première pensée qui me vient c'est "ça marche mieux qu'ils ne le pensent, leur truc. Ils s'entourent toujours d'un luxe de précautions dans leurs notices les français, ils sont déprimants de pessimisme et de circonspection !"

Et puis je contemple enfin vraiment le test et sa réponse criante, sans voix. C'est pas possi...ble ? Au bout des trois minutes, le verdict n'a pas bougé. Je le scrute comme s'il allait me parler mais ce n'est pas ce modèle-ci qui parle. Le silence est total. Personne ne vient. Et d'un seul coup une vague d'adrénaline me fouette et me réveille.  BON SANG !!!!! Je suis enceinte !!!!!!!!!!!!!!!!!!!

C'est donc vrai, j'en suis donc capable ?? Je me sens d'abord fière de ce corps dont je commençais à soupçonner qu'il me trahissait, fière de ma persévérance, de ma scientifique organisation qui a rendu cela possible. Comme si je venais de décrocher la médaille olympique de la procréation. En même temps, à chaque seconde, dans le monde, d'autres futures mamans doivent se dire exactement la même chose totalement unique.

Je sors et dans le couloir, devant les ascenseurs, j'ai envie de partir, d'aller rejoindre le papa, mon ange chéri, de lui annoncer la nouvelle, devine quoi mon coeur, ça y est...

Je me sens terriblement seule malgré ce bruit assourdissant... Mon coeur qui bat à 300 à l'heure et une envie de rugir à faire trembler l'immeuble. 

Ca y est !!! Maintenant tu es bel et bien là ! Qui seras-tu ? Le futur ne m'a jamais autant intéressée qu'à cet instant et j'ai toutes les peines du monde à me retenir de crier, de chanter et de danser comme une folle, d'appeler ton papa et de lui dire que tu es là avec nous désormais j'en suis sûre même si je le sais depuis mon rêve prémonitoire du 1er de l'an.

Mais je suis au boulot et la culture française me l'interdit, les gens de ce pays sont tellement cons que loin de se réjouir, ils s'inquiéteraient plutôt de me voir perdre mon boulot en période d'essai. Et comme ils ont raison et que je ferais mieux de m'accrocher pour toi, je me ressaisis et reprends ma routine avec une distraction inhabituelle.

 

Je pense à mon beau et grand amour qui, quand je vais rentrer va me soulever et me faire virevolter en me couvrant de bisous puis m'allonger sur le lit pour déclencher en moi une crise d'hilarité irrépressible en s'écriant à l'adresse de mon bidou :

- Ya quelqu'un ??? Y a quelqu'un là-dedans ??

Et moi, avec mon test dans la poche, ne sachant comment m'y prendre et saisissant la perche :

- Ben tu sais quoi ? OUI, y a quelqu'un là-dedans !!!  

 


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Journal de bord d'une baleine - III

Forcément après cela, une attente forte, pleine d'espoir. Et si vous ne voyez pas de quoi je parle, lisez les précédents chapitres.

28, 29, 30 décembre 2011, toujours rien... Bon, ça arrive couramment ça, mais je sais que je suis réglée comme du papier à musique alors j'espère quand même. Si ça se trouve nous avons passé notre premier Noël ensemble sans le savoir... Réveillon de nouvel an. Nous fêtons simplement tous les trois avec Miminou et mon Pollux adoré autour d'un bon repas maison où nous nous faisons plaisir.

Et puis c'est le retour au boulot dès le 2. Je commence à peine à avoir quelques repères. C'est très difficile; je me demande même si je vais y arriver. Du conseil en ingénierie aéronautique, c'est très éloigné du pilotage de centres d'appels dans la vente de Packs Haut-Débit ! Je passe mes journée à "sourcer" comme ils disent dans leur jargon incompréhensible et hautement anglicisé, c'est-à-dire à lire des CV dont je ne comprends tellement rien qu'on m'a expliqué que me borner à y retrouver les mots-clés imposés par le client suffit. Ensuite je convoque les candidats pour un entretien où ils me racontent leurs expérience dont je ne pipe pas un mot et où ils me demandent des précisions sur le poste à pourvoir dont je suis incapable de leur expliquer quoi que ce soit !

Chouette ce boulot hein ? 

Bref, je m'interroge sur le sens de tout ceci et en sondant chef et collègues, tous sont unanimes : je n'ai pas besoin de comprendre, juste identifier une "bonne perso", reconnaître les mots-clés, apprendre par coeur deux ou trois définitions d'ingenierie de systèmes élec en aéronautique ou de centrale inertielle ou encore d'électronique de puissance.

J'apprendrai au fil des années et encore, certains me confient : moi je ne comprends pas toujours mais je sors deux ou trois phrases que je me suis fabriquées et ça marche ! Ils m'horrifient. Je ne suis pas un guignol et n'ai pas l'intention de chercher une formation pour le devenir. Je suis ici pour vendre des ingénieurs. Je veux comprendre ce qu'ils font et ce qu'ils valent pour être crédible face au client quand je les présente ! J'ai toujours su parler du produit que je vendais dans mes précédents emplois et c'est probablement ce qui m'a permis de réussir. J'avais réponse aux objections car je connaissais parfaitement mon produit, son environnement, les attentes et mon marché. Je vois mal comment je pourrais y parvenir ici avec la méthode dont on me parle. D'ailleurs force sera de constater au bout de trois mois que je ne comprends toujours pas après un entretien qui m'a paru prometteur pourquoi le chef de projet technique me dit que le candidat ne correspond pas du tout aux attentes d'un point de vue compétences techniques. Et que je n'ai toujours pas réussi à placer 1 gus alors que j'ai 20 besoins à traiter.

 

Cette nuit du 1er au 2 janvier, je fais un rêve étrange. Pollux et moi tendrement serrés faisons du shopping au centre commercial tout proche dans les magasins de puériculture pour trouver des vêtements d'un minuscule bébé fille que nous emmenons en poussette ! Mon obsession de tomber enceinte commence à influencer mes nuits. Je raconte mon rêve à mon amour et comme d'habitude, il se penche vers mon ventre plat et lui crie gentiment : y a quelqu'un là-dedans ?? Y a quelqu'un ??  Ce qui me fait encore une fois hurler de rire.



 

 

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Journal de bord d'une baleine - II

28 novembre 2011. Dernier jour de règles. Bibi prend sa température, consciencieusement, parce qu'après des bilans et examens divers pour mettre cruellement en lumière ce dont on se doutait déjà (je ne suis pas stérile mais forcément en décroissance de fertilité vu mon âge) je me dis que l'échec de ma capacité à enfanter tient tout bêtement du fait de ne pas viser les jours où l'usine est ouverte ! J'ai découvert il y a peu avec une naïve stupeur qu'il n'y avait que 2 jours par mois, tout à fait précis, où un spermatozoïde pouvait rencontrer ce con d'ovule qui n'allait apparaître que vers le 12 décembre et crever 48h après !

Vous allez me dire il était temps que je grandisse. Que c'est surnaturel, à 36 ans avec mon niveau de culture générale et alors qu'on apprend ça à l'école d'avoir cru qu'on pouvait tomber enceinte 14 jours par mois. La confusion est pourtant facile croyez-moi, alors que j'ai toujours entendu parler de toutes ces nénettes qui tombent enceintes accidentellement et que j'ai plutôt religieusement passé ma vie à éviter que cela ne m'arrive. Je pensais que c'était beaucoup plus facile que ça !

Et donc, entre prises de sang et rendez-vous chez ma gygy, je prends discrètement ma température depuis seulement un mois et demi et je me dis qu'il suffira de bien viser pour que techniquement ça fonctionne. Mais pour éviter l'aspect médical et calculé de la chose, je ne lui dis rien car si nous perdons la spontanéité tous les deux, là aussi je me dis que ça pourrait nuire à notre projet ! 8 mois sans pilule sans tomber enceinte, et dire qu'il y en a qui m'envieraient...   

Pour rire, Pollux a un nouveau jeu : il colle son oreille sur mon ventre puis y colle le bout du nez en criant : y a quelqu'un là-dedans ?? Y a quelqu'un ??

Et inexplicablement ça me fait hurler de rire; et ça marche à tous les coups. Je me sens tellement bien avec lui. Tellement évident que c'est lui, c'est toi, que j'ai toujours cherché, attendu, et nous sommes tellement d'accord sur ce projet d'avoir ensemble un enfant. Je me sens sereine, confiante sur notre capacité à fonder une famille pleine d'avenir et malgré ma légère inquiétude que cela n'arrive pas encore, au fond je sais qu'enfant ou pas, notre amour sera intact et merveilleux.

 

15 décembre : 37,2° enfin !!! Non mais tu te faisais attendre toi !!! J'ai fait l'amour hier et avant-hier avec l'homme de ma vie par anticipation, sachant que ça marche aussi si on le fait à peine un peu avant que toi, Ovule, n'arrive en élevant subitement ma température pour me le dire. 

Ce soir nous nous sommes aimés comme jamais, le calcul ne m'a jamais autant convaincue qu'il ne nuisait en rien à notre désir, et je me suis laissée aller à un plaisir incroyable, peut-être le plus extra jamais ressenti, un orgasme d'une folle intensité, et tellement d'amour pour l'homme de ma vie que si ça marchait ce coup-ci, nous pourrions affirmer que nous avons conçu dans une osmose des sens tout à fait magique...


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Journal de bord d'une baleine - I

Maman : alors quand est-ce que je serai grand-mère ?!!!

Ca fait quelques mois qu'elle a cessé de me bassiner avec cette litanie. En même temps, elle est venue me voir l'été 2010 et enfin vu ce que je lui disais de mon couple qui n'est plus que l'ombre de lui-même et allait se muer en cendres (paix à son âme-our). Je me disais même qu'en réalisant mon âge, 35 ans cet été 2010, elle avait abandonné comme moi le vague espoir de voir arriver une descendance.

Il n'a jamais été question pour moi qui crois au Grand Amour de faire un gosse à cause de l'heure et sans intime conviction ; il me faut aimer le "bon" à la folie pour fonder le foyer solide, pérenne et ordinaire qui m'a tant manqué. Encore que ma mère, en épousant mon père et en tombant enceinte de moi ignorait tout de sa future carrière épique de mère célibataire.

Mais bref, du coup, moi, après cinq années d'espoir vague, je commence à me dire tant pis je finirai vieille fille mais je ne finirai pas comme maman. 

Ma belle-maman : en octobre 2011 : alors, quand-est-ce que vous nous faites une petite fille ?...

Discrètement, l'air de rien, une de ces vilaines après-midis d'automne pluvieuse où nous faisions du shopping ensemble parce que je ne sais pas m'habiller et qu'en dehors de mes basiques noirs et chemisiers blancs, ma garde-robe est une catastrophe à faire pleurer un nécessiteux. J'hésite. C'est quand même mon nouveau secret, ma nouvelle quête, et elle, c'est la maman de cet adulte fabuleux dont je suis tombée éperduement amoureuse un jour de mi-novembre 2010. Les mots qui vont franchir mes lèvres sont d'une importance capitale, ni elle ni moi ne les prendrons à la légère et je les pèse un à un avant de lâcher d'un ton savamment léger : je vais te dire Belle-maman... ce n'est pas faute d'essayer ! Ca fait même 7 mois qu'on essaie... 

Bon ok, ça ne fait que 6 mois, mais 6 mois, ça faisait trop "package", un lot de mois un peu trop standard alors je me devais de rajouter 1 pour montrer que c'était un sujet si sérieux que nous comptions les mois 1 par 1.

7 mois, ce n'est pas ordinaire. Pardon Belle-maman pour cette minuscule exagération, mais je suis dingue de ton fils aîné depuis les premiers jours et je ne suis même pas capable de dire si mon inconscient ne suppliait pas les astres depuis cet incroyable 15 novembre 2010 pour qu'il me fiance, m'épouse, me fasse un enfant et tout ce qui m'aurait propulsée dans une vie de madame qu'intérieurement j'avais toujours su que je ne vivrais jamais avec un autre quelque fût le degré de passion que j'avais cru éprouver.

 


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