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le temps de kika

Une époque indescriptible

Nouvelle vie dans une époque que je ne saurais qualifier. Tout d'abord, ma coach qui me dit qu'écrire avec un stylo et un papier ne mobilise pas les mêmes ressources du cerveau que de taper sur un clavier, et que cela ne produit pas les mêmes bénéfices. Il faudrait préférer le bon vieux papier. Oui certes bon, c'est plus compliqué ensuite de publier mes graffitis sur ce blog. Alors me revoici, stupéfaite d'avoir été silencieuse près de 4 ans. J'ai tellement eu envie d'écrire, tellement de choses à raconter, et surtout tellement envie de ne pas oublier ces moments de ma vie. Car les écrire, les relire, m'a toujours fait réfléchir et avancer. Je pense que c'est de là que je tire mon assurance. Car de confiance en moi, j'en ai pas plus que la moyenne basse.

Bref, alors expliquer mon titre d'article. Le coronavirus Covid-19 a attaqué l'être humain et la politique de tous les pays s'en est trouvée chamboulée. Et subséquemment la vie de tous les citoyens que nous sommes. Les gens bien portants se sont retrouvés confinés chez eux sous peine d'amendes, les malades difficilement identifiés avec des tests dont on ne connaît pas bien le taux de faux positifs ou de faux négatifs, les personnes saines intimées de porter le masque dans la rue et dans tous les locaux, les bons commerçants, les gros, les petits, les précaires, hum en fait presque tous interdits d'exercer. Oui, voilà le monde de fous dans lequel mes enfants sont soudainement projetées depuis le 13 mars 2020. Depuis ce jour-là j'ai arrêté de travailler à la Sécu et depuis le 16 mars, la France est partie en confinement. Ah oui, il y a eu une reprise d'activité après le premier Grand Confinement, le 11 mai ils se sont dit c'est la cata pour l'économie, hop on renvoie les parents au boulot. Ils avaient inventé le chômage partiel, indemnisé à hauteur de 84%, pour les confinés, mais ça devenait chaud. J'ai refusé de remettre mes filles à l'école qui avait réouvert, pour 2 raisons : d'abord parce qu'après nous avoir bassiné avec des taux de mortalité du Covid-19, l'insuffisance de lits en réanimation, le débordement des hôpitaux et la souffrance des soignants en manque de moyens, le gouvernement en déroute ne m'apportait aucun élément suffisant pour me sentir rassurée quant à la sécurité sanitaire. Deuxièmement, parce que la cadette y était refusée, les maternelles restaient fermées.

Math était d'accord alors j'ai gardé les enfants et poursuivi l'école à la maison. Le 22 juin, les maternelles ont réouvert timidement. Jusqu'au 3 juillet... Sans commentaires. J'ai remis les filles à l'école après avoir observé le calme relatif depuis le 11 mai. Elles le souhaitaient et je commençais un burn out.

Ensuite les vacances, la négociation avec mon employeur pour une rupture conventionnelle. Refusée. Une odyssée entre mon médecin, ma psychiatre et la médecine du travail pour faire reconnaître ma souffrance au travail, mêlée à une peur panique incontrôlée de ce nouveau monde menaçant, face à ce petit ennemi invisible qui semblait terrasser tant de vies et à l'insuffisance totale de mesures sanitaires sur mon lieu de travail où j'ai eu la bête (ou lumineuse !) idée d'aller déposer en personne mon 1er arrêt et où j'y ai vu l'inverse de tout ce qui se pratiquait désormais.

Les gens se côtoyaient gaiement comme si de rien n'était, aucun sens de circulation (pourtant parfaitement possible), pas de masques, pas de gel, un individu collègue arrivé et positionné collé à mon poste de travail sans aucune distanciation. Je passais pour une alien. L'alien est partie en courant. Je savais que je ne reviendrais plus jamais là.

J'ai commencé une nouvelle descente aux enfers. Burn-out parce que pendant la période du 20 mars au 30 juin, j'ai monté avec Math un drive fermier bénévole qui consistait à mettre en relation tous nos proches ayant besoin de produits frais et les commerçants du marché de Blagnac qui a longtemps été interdit d'exercer aux conditions normales d'un marché de plein vent. Je n'ai jamais autant travaillé de ma vie. Avec les moyens du bord, Excel, calculette et WhatsApp... jusqu'à 20h par jour. Recevoir des livraisons de dizaines de paniers de légumes, jusqu'à 120kg de fraises le mercredi "jour des fraises", des dizaines de volailles, 400 oeufs et plus encore à conditionner dans des boîtes de 12 ou de 6, des fruits, des empanadas, des huîtres, des macarons, du miel, des truites bio, du poisson, du fromage, des centaines de kilos de farine, de lentilles et autres, du vin par caisses... Prendre les commandes, promouvoir les produits du marché par un joli catalogue à mettre à jour, compiler, commander, recevoir ou aller chercher, vérifier, corriger, conditionner, compter, payer, livrer en mode drive dans les conditions sanitaires requises, livrer parfois, récupérer les sommes, faire du recouvrement souvent, faire la compta, chercher des idées, améliorer, faire seule quand Math a été appelé à retourner sur site à temps plein... Je me suis épuisée. J'ai pensé créer sur cette lancée un vrai Drive, le premier drive fermier de Blagnac, avec un pourcentage pour le service rendu afin d'en vivre, j'ai créé un sondage habile qui m'a permis d'avoir de vraies données qui se sont avérées par la suite.... Mais j'ai craqué de fatigue et la solitude ne m'a pas relevée.

Puis juillet-août de repos, 4 jours bénis au bord de la mer. Retour juste à temps car la vague qui menaçait en Espagne était celle du Covid-19, encore. J'ai difficilement remonté la pente. Pas grâce à ma 1ère psy mais grâce à des coachs connues de bouche à oreille, qui ont fait des merveilles. Et aujourd'hui une nouvelle psy extraordinaire. J'ai eu une fois une crise de "je vais me tuer", comme la fois précédente où j'ai dû m'arrêter 14 mois. Ca m'a fait comprendre que j'étais mal en point. Je ne sais pas à quelle époque le lecteur de cet article se situe mais l'ambiance actuelle est totalement anxiogène. J'ai eu une période de léthargie. Incapable de me bouger. Au lit à regarder des choses qui me détendent et me distraient, comme me le recommandait les médecins. Puis une période d'activité intellectuelle où j'ai pris contact avec des organismes de reconversion et d'orientation professionnelle, où je me suis mobilisée et j'ai refait mon CV, scruté les annonces, je me suis interrogée sur mes souhaits d'avenir comme une ado.

Mais une tétanie totale sur la mise en route d'une action. Plusieurs pistes, aucune certitude. Une peur panique en croisant ces gens masqués dans la galerie commerciale. Des crises de larmes à m'asseoir par terre afin d'ôter discrètement mon masque pour pouvoir haleter. Je me focalisais sur des détails, retapais des meubles, au lieu de bêcher le jardin ou de poser les plinthes. Beaucoup de recherche de shopping qui n'aboutissaient qu'à des nuits de sommeil perdues et au final je n'achetais rien car je me rendais compte de la futilité de l'acte. Je suis seminimaliste. Pas tout à fait minimaliste mais en chemin.  Je ne me voyais pas réussir à m'extraire de cette sorte de paralysie. Puisque cela ne demandait aucun effort physique, je réussis à faire reconnaître mon inaptitude au poste par la médecine du travail. J'attends mon reclassement. Ce n'est que poudre aux yeux puisque je sais pertinemment qu'ils vont me proposer le pire des placards et que je refuserai pour demander ma mise en disponibilité. Ma coach m'a guérie des différents verrous qui me tétanisaient et bloquaient mon énergie. La preuve, je me suis même remise à écrire ce Journal !

Jamais je ne m'étais accordé ainsi du temps personnel. Ca fait du bien. La confiance est revenue, et trouver ma reconversion professionnelle a tout changé également. Je vais garder des enfants. J'aime ces petits bouts de choux au plus haut point et leur présence me ravit et me nourrit. Persuadée de pouvoir leur rendre toute cette énergie et cet amour qu'ils ont en eux, je me lance dans cette aventure loin de ma carrière de manager et de commerciale. C'est bizarre comme reconversion mais je n'ai jamais été à ma place dans les postes commerciaux. J'ai toujours détesté ça et exercé comme si c'était un jeu. Mais les objectifs de productivité demandés au détriment du respect des personnes et des commerces m'ont dégoûtée de cette activité. Je ne naviguais pas sur des produits de niche qui permettaient de se concentrer sur ce que j'estime indispensable : la qualité. J'ai exercé à une bonne époque commerciale. Gagné pas mal de sous. Tout dépensé. Réussi comme on dit, en autodidacte. Même si je n'étais que responsable et que je n'ai pas été jusqu'à des postes de direction. Mais soulagée d'en être sortie.

Les enfants sont les êtres les plus innocents, sincères, spontanés, fiables, gentils, riants, coopératifs, aimants et étonnants du monde. Les petitous me ressourcent et me comblent, leurs babillages m'enchantent et ma seule volonté est de m'amuser avec eux, de les sécuriser et de les accompagner sur le chemin de l'enfance. Malgré tous ces traits communs, ils sont tellement uniques... et drôles, curieux, malins, apprenants, participatifs, entraînants, joyeux... J'ai l'impression d'être la seule adulte enfant dans mon coin, tellement en osmose avec eux mais aussi tellement bien dans ma peau de maman, à pouvoir ainsi jouer sur les deux registres, être si complice avec eux et à la fois leur offrir un cadre, l'aide et les réponses dont ils expriment le besoin. Je ne veux plus côtoyer d'adultes traumatisés, mal dans leur peau, râleurs, moqueurs, égoïstes, frustrés, aigris voire méchants. C'est ennuyeux et fatiguant.

Math m'a dit il n'y a pas longtemps que j'étais une super maman. Il ne s'est pas étendu là-dessus et ne se rend pas compte à quel point c'est un jugement qui a énormément de valeur pour moi et qui m'a profondément touchée et réconfortée. Car il n'y a jamais personne pour reconnaître à une maman que, sans formation, en impro totale chaque jour à toutes les étapes de la vie, avec des outils, des ustensiles, des objets, des machines totalement nouveaux, au-delà d'un instinct primaire que toutes n'ont pas, une maman a énormément de mérite de réussir son travail comme elle le peut. C'est tout aussi spécifique que de réussir à lancer une fusée sans avoir appris à le faire. C'est être en poste 24h sur 24h. Sans être payée ni reconnue. Avec la responsabilité de la VIE de quelqu'un ! Souvent en plus d'un autre job à plein temps.

Mon meilleur atout c'est l'amour. L'amour que je n'ai pas reçu, l'amour que je n'ai pas pu donner, qui est resté caché en moi et qui a continué à grandir. J'en ai des mégatonnes et en couvrir mes filles et ma famille m'en laisse encore pour d'autres. Je suis quelqu'un de totalement fusionnel, de trop empathique qualifie ma psy, d'hypersensible, mais mon transport me caractérise et je ne renierai pas cet excès qui fait de moi la personne émotive et déjantée que l'on connaît :)

 

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Ma douce

Bonjour ma douce,

Cela faisait longtemps que je n'avais pris le temps d'écrire. Pourtant cela me manque viscéralement, comme une envie de fumer pour quelqu'un qui a arrêté sans conviction. J'ai donc décidé de reprendre car cela fait partie de ma thérapie, et ce sera pour t'écrire à toi. Si rédiger mon Journal pour moi-même, sans trop savoir pourquoi, sans raison, comme lorsqu'on écrit un Journal intime quoi ne me motivait plus assez, je sais que te laisser ces lignes à toi me feront saisir le clavier à coup sûr.

J'écrirai ces lignes pour que tu puisses mieux me connaître si tu le désires, quand tu auras grandi et seras en âge de comprendre ce que je te confie aujourd'hui. Mais aussi pour que tu puisses toucher du doigt ce que je ressens et vis au fil des jours en ta compagnie et celle de ton incroyable papa. Tu découvriras nos joies, nos réussites, nos peurs, nos soucis, nos échecs et notre inébranlable foi issue du ciment de notre jolie petite famille. J'emploie le mot foi hors de tout sens religieux, étant profondément et indécrottablement athés avec ton père ; c'est plutôt pour que tu te représentes la certitude du bonheur dans lequel nous vivons, si puissamment heureux d'être ensemble et de t'avoir donné la vie que rien ne pourra jamais défaire ni faire de l'ombre à cette allégresse quotidienne.

 

Après ce préambule, ma chérie, sache que comme tant de fois, chaque matin, chaque jour, pendant chacune de tes siestes bienfaitrices, je suis là, à écouter entre chaque battement de mon coeur, attendant ton réveil... surtout le matin, quand à 7h30 mes yeux s'entrouvrent et je regarde avant toute chose si la lumière du babyphone est bien là, verte et rassurante, avant de vérifier l'heure et de me dire invariablement "je suis vraiment programmée pour me réveiller àc ette heure-ci quelle que soit l'heure à laquelle je me suis couchée la veille". Quand je suis vraiment épuisée par plusieurs nuits courtes, je me réveille à 8h30... et toujours avant toi de toute façon :)

Mais venons-en aux faits : je pense à toi et à ton doux petit visage tout rond, à ton sourire immense, quand je me penche sur ton lit pour te dire bonjour en accompagnant ma voix du signe dans le langage des sourds et que tu saisis mon pouce entre tes minuscules doigts. L'émotion qui m'envahit est indescriptible et déjà du fond de mon lit, anticipant cet instant, les larmes de bonheur me montent aux yeux. Je t'aime à la folie mon amour.

 

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Gesret

Un espoir immense m'envahit. A la fin de ma lecture, mes yeux se remplissent de larmes. 37 ans et demi pour découvrir qu'à partir d'un drame, un monsieur a trouvé le moyen de guérir des millions de personnes comme moi. Et je ne parle pas de soulager des souffrances qui font partie de notre vie. Je parle de guérison.

Au revoir Ventoline et corticoïdes. Finis les regards désapprobateurs des innombrables médecins qui m'ont vue arriver ahanant, épuisée, à moitié agonisante une fois car n'ayant pris aucun traitement durant trois jours. Vous prenez un traitement de fond ? Le Sérétide ? Arf, jamais réussi à aller jusqu'au bout d'un traitement aussi contraignant. Enfin si, la première fois. Et quand j'ai constaté l'année suivante que ça ne m'avait opas guérie et que j'avais de nouveau de crises d'asthme de dingues, je n'y croyais plus... Et moi quand je n'y crois plus...

Et puis la Lactaliste. A laquelle je m'inscris négligemment, pour partager avec d'autres mamans solitaires des tuyaux et infos sur les bébés. Et par chance, on y parle de tout, c'est magique, je ne lis pas tout, pas le temps, mais par hasard je tombe sur cet échange sur Jacques Robert Gesret et sa méthode. Et je ne sais pas pourquoi mais j'y crois. Enfin si, à cause des témoignages poignants d'enfants qui, comme moi, ont été laissés pour asthmatiques à vie, sont passés par des nuits douloureuses, des quintes de tous à n'en plus finir, cette angoisse irrépressible de mourir en n'arrivant plus à respirer. Des témoignages de guérison grâce à cette méthode. Et puis la pertinence de la présentation : effectivement, on a toujours traité les symptômes. Maman m'a envoyé dans les meilleurs établissements hospitaliers de Bangkok à Necker mais jamais personne ne m'a guérie malgré toute la bonne volonté des éminents professeurs qui ont bien voulu s'occuper de moi dont le Pr Paupe qui m'a probablement sauvé la vie. 

Mais pourquoi on ne s'est pas interrogé sur la structure qui fait que ma fonction respiratoire était défaillante de façon chronique ? En voilà enfin, une bonne question ! Alors je clique, le coeur battant, sur la carte de France et... oui ! il y en a un, un seul praticien formé par Gesret dans le 31.

Je n'attends qu'une chose, de convenir du rendez-vous qui va peut-être profondément et durablement changé ma vie. Et qui sait, peut-être un jour celle de ma petite fille si jamais elle se mettait à souffrir d'asthme comme moi ou de psoriasis ou d'eczéma comme d'autres qui ont été guéris par cette incroyable et simplissime méthode.



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Journal de bord d'une baleine VII

Ce fut l'un des plus beaux voyages que ta maman ait fait, ma Léa chérie, en tout cas ce fut le plus merveilleux, car nous étions déjà tous les trois, avec ton adorable papa dans le pays de mes rêves. Début mai, nous partîmes grâce à un obscur site de ventes privées de vacances (très en vogue, les ventes privées à notre époque de crise) : club-privé-vacances. En tout cas, nous, on ne s'est pas privés de vacances ! Fraîchement licenciée en fin période d'essai renouvelée par TARLAN qui ne pouvait qu'accepter de le faire car 1/ ça ne leur coûtait aucune indemnité de départ 2/ ça les arrangeait grave que je me barre des effectifs plutôt que de me payer ma maternité 3/ ils me faisaient faire à la fin le boulot de leurs stagiaires recrutement car je bossais dix fois plus et avec dix fois trop de sérieux, bref, donc ayant gaiement quitté ces fous furieux qui se crachaient trop dans le dos à mon goût, j'ai embarqué avec papa et toi dans mon joli petit ventre arrondi, pour Los Angeles.

Cela a commencé par une rencontre fort désagréable avec l'hôtesse de la compagnie à bas prix Easy Jet dont le culot n'avait d'égal que ma stupeur. Me voyant arriver pour enregistrer notre valise, elle me demande : vous êtes enceinte ?

- Oui, ai-je souri avec bonheur.

- De combien ?

- 4 mois, ai-je menti toujours aussi souriante, histoire de minimiser d'un mois l'évènement qui semblait subitement la contrarier.

Vous êtes sûre ?

Epoustouflée, je commençai à perdre patience :

- Oui pourquoi ?

- Parce que vous en avez peut-être deux alors...

Je n'étais pas franchement énorme et loin de plaisanter, elle avait un ton sarcastique qui me déplut au plus haut point. Je saisis les billets, les passeport et je m'éloignai sans un mot d'un air savamment outré.

Vite oubliée, cette scène fut suivie dans l'avion d'un broyage en règle de ma main droite par ton papa qui a peur de l'avion et qui ne put s'empêcher d'être anxieux malgré la session d'hypnose avec Fred Guégan qui m'avait pourtant fait arrêter de fumer en une seule séance.

Ne t'inquiète pas déjà chéri, parce que vu le nombre de vols que nous allons prendre, il va falloir que tu prennes sur toi !!!


 

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Journal de bord d'une baleine - V

16 janvier 2012. 1er rendez-vous à midi vingt -toujours à l'insu de ma boîte - au centre d'échographie des Carmes. Nous sommes enfin invités à entrer dans le cabinet et en me dandinant, je demande : ça va être long ? parce que là j'en peux plus déjà 

Mon chéri me jette un coup d'oeil étonné et c'est le médecin qui répond : ça ne sera pas très long, je comprends, comme vous êtes sage, vous êtes bien venue avec la vessie pleine comme demandé.

Ben oui et tout ça pour que 10 minutes après elle me dise : bon en fait on voit beaucoup mieux maintenant que la vessie est vide, la prochaine fois vous n'aurez pas besoin de...

Oui ben ça fait combien de temps que vous faites ça parce que vous êtes en train de découvrir quelque chose, là ?? 

Bon bref, qu'importe, après le haricot que nous avons vu le 5 janvier quand je suis allée faire une prise de sang pour confirmer ce que disait le test de pharmacie et que ma gygy m'a fait la toute première écho en me disant vous voyez là ? la petite forme avec un point brillant qui clignote au milieu qui est son coeur qui bat... Nous te distinguons très nettement, avec tous tes membres, tes petites jambes, les chevilles, les pieds avec tous tes orteils déjà, et tes mains avec tes minuscules petits doigts, ton thorax, ton coeur encore que nous écoutons qui bat à 162 pulsations/minute, et ta tête encore grosse, disproportionnée, mais tout y est, le médecin est content, il m'entend témoigner que je n'ai jamais été aussi en forme de toute ma vie et pour elle tout se passe parfaitement bien. Tu n'es plus un haricot mais un petit alien et j'en suis émue aux larmes en tenant la main de ton papa qui reste muet, ému et ne sachant comme exprimer ce qu'il ressent.

J'aurais bien aimé qu'il soit plus exubérant, ma grande peur c'est qu'il soit blasé alors que pour moi tu es un miracle dont je ne me croyais pas capable et tu es si agréable à vivre que c'est à chaque échographie que je réalise vraiment que tu es là...

Un jour j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, en réalisant que la première fois est unique et mon chagrin était immense et ineffaçable.... Mes sentiments mêlaient à la fois le désespoir qu'il ait déjà eu un enfant et qu'il n'éprouve pas pour toi ce que je ressens, cette émotion, de la colère aussi envers moi-même qui avais rejeté Fred uniquement parce qu'il avait eu des enfants et que je m'étais promis que je ne fonderai jamais de famille avec un type qui ne serait pas comme moi un célibataire non-parent, de la rage parce que tout ça est irréversible, de la culpabilité parce que ce n'est pas de la faute de l'homme que j'ai choisi et que si je l'aime, je dois simplement respecter son passé, du découragement parce que je ne sais pas faire face à ce mélange de sentiment d'être dans une situation que je ne voulais pas, que j'ai combattu, qui m'avait déjà fait souffrir et que d'un autre côté j'accepte aujopurd'hui parce que j'aime ton papa comme jamais personne n'a aimé quelqu'un... Bref. Ma vie et mes contradictions.

Aujourd'hui tu fais 12 cm et d'ici le prochain rendez-vous, à chaque fois que je verrai un objet qui fait 12 cm, je penserai à toi par réflexe, une feuille pliée en deux, une cuillère à soupe, une boite de dvd...

Pour fêter ça nous sommes allés déjeuner dans un resto thaï toujours près des Carmes et je continue à ingurgiter variétés de goûts et d'épices en me disant que j'adore l'idée de te faire goûter déjà tout ça. La vie est pleine de couleurs et de choses incroyables, tu verras, j'ai très hâte de participer à te les faire découvrir 

 

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Journal de bord d'une baleine - IV

3 janvier 2012. Bon, je m'avance un peu mais selon mes savants calculs et à force de lire des trucs sur Internet, je commence à m'y connaître, je devrais avoir eu mes règles entre le 29 et aujourd'hui. Toujours rien et je ne sens pas que ça va venir. Aucun des symptômes habituels : fatigue, seins qui gonflent... J'ai dit à une copine que j'allais faire un test et je ne l'ai pas fait. Peut-être parce que je lui ai dit et que du coup je me suis dit c'est ridicule.

4 janvier 2012. En revenant de déjeuner à la maison vers le boulot, au feu rouge, une pharmacie. Je fais un créneau brutal et décide d'aller acheter un test. Mes coups de tête sont rares mais comme je sais que souvent je réfléchis trop au lieu d'agir, cette fois je me lance. Je suis très étonnée du prix. 2€ pour un test certes le plus ordinaire mais la pharmacienne m'explique qu'ils sont tous fiables et que les exorbitantes différences de prix ne sont dûs qu'au packaging, à la notoriété de la marque et au "confort de lecture" qui fait que le machin te chante "t'es enceinte ! t'es enceinte ! " sur un air de Johnny avec un clignotement de guirlande de Noël au lieu de t'afficher sobrement les fameuses deux barres roses. J'opte pour la petite barrette en plastique blanc et sa classique languette à tremper dans l'urine (berk); de toute façon elle me dit l'interprétation est claire : soit pas de barre qui s'affiche, soit deux barres qui même très claires signifient que... ça y est.

 

Bon, ça me semble à ma portée. Je l'emporte et le fourre dans mon caisson de bureau. Trop de boulot. Il faut que je me fasse à l'idée avant de passer à l'acte. Ca y est, je recommence à intellectualiser. 15h42. L'envie pressante me décide. Autant faire d'une pierre deux coups, après tout je me fais peut-être des montagnes pour rien. Je déballe le truc et range soigneusement les débris de l'emballage pour les ramener chez moi. On ne sait jamais, que penserait mon employeur si quelqu'un venait à découvrir que je fais des tests de grossesse alors que je suis là depuis 1 mois et demi ?! La notice dit qu'il faut patienter 3 minutes pour que le résultat soit vraiment visible et donc fiable. 3 minutes enfermée dans les WC ? A peine louche, déjà. Il faudra que je pense à tirer la chasse d'eau une deuxième fois en sortant.

 

A peine trempé le truc affiche instantanément 2 barres d'un rose foncé éclatant. La première pensée qui me vient c'est "ça marche mieux qu'ils ne le pensent, leur truc. Ils s'entourent toujours d'un luxe de précautions dans leurs notices les français, ils sont déprimants de pessimisme et de circonspection !"

Et puis je contemple enfin vraiment le test et sa réponse criante, sans voix. C'est pas possi...ble ? Au bout des trois minutes, le verdict n'a pas bougé. Je le scrute comme s'il allait me parler mais ce n'est pas ce modèle-ci qui parle. Le silence est total. Personne ne vient. Et d'un seul coup une vague d'adrénaline me fouette et me réveille.  BON SANG !!!!! Je suis enceinte !!!!!!!!!!!!!!!!!!!

C'est donc vrai, j'en suis donc capable ?? Je me sens d'abord fière de ce corps dont je commençais à soupçonner qu'il me trahissait, fière de ma persévérance, de ma scientifique organisation qui a rendu cela possible. Comme si je venais de décrocher la médaille olympique de la procréation. En même temps, à chaque seconde, dans le monde, d'autres futures mamans doivent se dire exactement la même chose totalement unique.

Je sors et dans le couloir, devant les ascenseurs, j'ai envie de partir, d'aller rejoindre le papa, mon ange chéri, de lui annoncer la nouvelle, devine quoi mon coeur, ça y est...

Je me sens terriblement seule malgré ce bruit assourdissant... Mon coeur qui bat à 300 à l'heure et une envie de rugir à faire trembler l'immeuble. 

Ca y est !!! Maintenant tu es bel et bien là ! Qui seras-tu ? Le futur ne m'a jamais autant intéressée qu'à cet instant et j'ai toutes les peines du monde à me retenir de crier, de chanter et de danser comme une folle, d'appeler ton papa et de lui dire que tu es là avec nous désormais j'en suis sûre même si je le sais depuis mon rêve prémonitoire du 1er de l'an.

Mais je suis au boulot et la culture française me l'interdit, les gens de ce pays sont tellement cons que loin de se réjouir, ils s'inquiéteraient plutôt de me voir perdre mon boulot en période d'essai. Et comme ils ont raison et que je ferais mieux de m'accrocher pour toi, je me ressaisis et reprends ma routine avec une distraction inhabituelle.

 

Je pense à mon beau et grand amour qui, quand je vais rentrer va me soulever et me faire virevolter en me couvrant de bisous puis m'allonger sur le lit pour déclencher en moi une crise d'hilarité irrépressible en s'écriant à l'adresse de mon bidou :

- Ya quelqu'un ??? Y a quelqu'un là-dedans ??

Et moi, avec mon test dans la poche, ne sachant comment m'y prendre et saisissant la perche :

- Ben tu sais quoi ? OUI, y a quelqu'un là-dedans !!!  

 


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Journal de bord d'une baleine - III

Forcément après cela, une attente forte, pleine d'espoir. Et si vous ne voyez pas de quoi je parle, lisez les précédents chapitres.

28, 29, 30 décembre 2011, toujours rien... Bon, ça arrive couramment ça, mais je sais que je suis réglée comme du papier à musique alors j'espère quand même. Si ça se trouve nous avons passé notre premier Noël ensemble sans le savoir... Réveillon de nouvel an. Nous fêtons simplement tous les trois avec Miminou et mon Pollux adoré autour d'un bon repas maison où nous nous faisons plaisir.

Et puis c'est le retour au boulot dès le 2. Je commence à peine à avoir quelques repères. C'est très difficile; je me demande même si je vais y arriver. Du conseil en ingénierie aéronautique, c'est très éloigné du pilotage de centres d'appels dans la vente de Packs Haut-Débit ! Je passe mes journée à "sourcer" comme ils disent dans leur jargon incompréhensible et hautement anglicisé, c'est-à-dire à lire des CV dont je ne comprends tellement rien qu'on m'a expliqué que me borner à y retrouver les mots-clés imposés par le client suffit. Ensuite je convoque les candidats pour un entretien où ils me racontent leurs expérience dont je ne pipe pas un mot et où ils me demandent des précisions sur le poste à pourvoir dont je suis incapable de leur expliquer quoi que ce soit !

Chouette ce boulot hein ? 

Bref, je m'interroge sur le sens de tout ceci et en sondant chef et collègues, tous sont unanimes : je n'ai pas besoin de comprendre, juste identifier une "bonne perso", reconnaître les mots-clés, apprendre par coeur deux ou trois définitions d'ingenierie de systèmes élec en aéronautique ou de centrale inertielle ou encore d'électronique de puissance.

J'apprendrai au fil des années et encore, certains me confient : moi je ne comprends pas toujours mais je sors deux ou trois phrases que je me suis fabriquées et ça marche ! Ils m'horrifient. Je ne suis pas un guignol et n'ai pas l'intention de chercher une formation pour le devenir. Je suis ici pour vendre des ingénieurs. Je veux comprendre ce qu'ils font et ce qu'ils valent pour être crédible face au client quand je les présente ! J'ai toujours su parler du produit que je vendais dans mes précédents emplois et c'est probablement ce qui m'a permis de réussir. J'avais réponse aux objections car je connaissais parfaitement mon produit, son environnement, les attentes et mon marché. Je vois mal comment je pourrais y parvenir ici avec la méthode dont on me parle. D'ailleurs force sera de constater au bout de trois mois que je ne comprends toujours pas après un entretien qui m'a paru prometteur pourquoi le chef de projet technique me dit que le candidat ne correspond pas du tout aux attentes d'un point de vue compétences techniques. Et que je n'ai toujours pas réussi à placer 1 gus alors que j'ai 20 besoins à traiter.

 

Cette nuit du 1er au 2 janvier, je fais un rêve étrange. Pollux et moi tendrement serrés faisons du shopping au centre commercial tout proche dans les magasins de puériculture pour trouver des vêtements d'un minuscule bébé fille que nous emmenons en poussette ! Mon obsession de tomber enceinte commence à influencer mes nuits. Je raconte mon rêve à mon amour et comme d'habitude, il se penche vers mon ventre plat et lui crie gentiment : y a quelqu'un là-dedans ?? Y a quelqu'un ??  Ce qui me fait encore une fois hurler de rire.



 

 

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Journal de bord d'une baleine - I

Maman : alors quand est-ce que je serai grand-mère ?!!!

Ca fait quelques mois qu'elle a cessé de me bassiner avec cette litanie. En même temps, elle est venue me voir l'été 2010 et enfin vu ce que je lui disais de mon couple qui n'est plus que l'ombre de lui-même et allait se muer en cendres (paix à son âme-our). Je me disais même qu'en réalisant mon âge, 35 ans cet été 2010, elle avait abandonné comme moi le vague espoir de voir arriver une descendance.

Il n'a jamais été question pour moi qui crois au Grand Amour de faire un gosse à cause de l'heure et sans intime conviction ; il me faut aimer le "bon" à la folie pour fonder le foyer solide, pérenne et ordinaire qui m'a tant manqué. Encore que ma mère, en épousant mon père et en tombant enceinte de moi ignorait tout de sa future carrière épique de mère célibataire.

Mais bref, du coup, moi, après cinq années d'espoir vague, je commence à me dire tant pis je finirai vieille fille mais je ne finirai pas comme maman. 

Ma belle-maman : en octobre 2011 : alors, quand-est-ce que vous nous faites une petite fille ?...

Discrètement, l'air de rien, une de ces vilaines après-midis d'automne pluvieuse où nous faisions du shopping ensemble parce que je ne sais pas m'habiller et qu'en dehors de mes basiques noirs et chemisiers blancs, ma garde-robe est une catastrophe à faire pleurer un nécessiteux. J'hésite. C'est quand même mon nouveau secret, ma nouvelle quête, et elle, c'est la maman de cet adulte fabuleux dont je suis tombée éperduement amoureuse un jour de mi-novembre 2010. Les mots qui vont franchir mes lèvres sont d'une importance capitale, ni elle ni moi ne les prendrons à la légère et je les pèse un à un avant de lâcher d'un ton savamment léger : je vais te dire Belle-maman... ce n'est pas faute d'essayer ! Ca fait même 7 mois qu'on essaie... 

Bon ok, ça ne fait que 6 mois, mais 6 mois, ça faisait trop "package", un lot de mois un peu trop standard alors je me devais de rajouter 1 pour montrer que c'était un sujet si sérieux que nous comptions les mois 1 par 1.

7 mois, ce n'est pas ordinaire. Pardon Belle-maman pour cette minuscule exagération, mais je suis dingue de ton fils aîné depuis les premiers jours et je ne suis même pas capable de dire si mon inconscient ne suppliait pas les astres depuis cet incroyable 15 novembre 2010 pour qu'il me fiance, m'épouse, me fasse un enfant et tout ce qui m'aurait propulsée dans une vie de madame qu'intérieurement j'avais toujours su que je ne vivrais jamais avec un autre quelque fût le degré de passion que j'avais cru éprouver.

 


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Journal de bord d'une baleine - II

28 novembre 2011. Dernier jour de règles. Bibi prend sa température, consciencieusement, parce qu'après des bilans et examens divers pour mettre cruellement en lumière ce dont on se doutait déjà (je ne suis pas stérile mais forcément en décroissance de fertilité vu mon âge) je me dis que l'échec de ma capacité à enfanter tient tout bêtement du fait de ne pas viser les jours où l'usine est ouverte ! J'ai découvert il y a peu avec une naïve stupeur qu'il n'y avait que 2 jours par mois, tout à fait précis, où un spermatozoïde pouvait rencontrer ce con d'ovule qui n'allait apparaître que vers le 12 décembre et crever 48h après !

Vous allez me dire il était temps que je grandisse. Que c'est surnaturel, à 36 ans avec mon niveau de culture générale et alors qu'on apprend ça à l'école d'avoir cru qu'on pouvait tomber enceinte 14 jours par mois. La confusion est pourtant facile croyez-moi, alors que j'ai toujours entendu parler de toutes ces nénettes qui tombent enceintes accidentellement et que j'ai plutôt religieusement passé ma vie à éviter que cela ne m'arrive. Je pensais que c'était beaucoup plus facile que ça !

Et donc, entre prises de sang et rendez-vous chez ma gygy, je prends discrètement ma température depuis seulement un mois et demi et je me dis qu'il suffira de bien viser pour que techniquement ça fonctionne. Mais pour éviter l'aspect médical et calculé de la chose, je ne lui dis rien car si nous perdons la spontanéité tous les deux, là aussi je me dis que ça pourrait nuire à notre projet ! 8 mois sans pilule sans tomber enceinte, et dire qu'il y en a qui m'envieraient...   

Pour rire, Pollux a un nouveau jeu : il colle son oreille sur mon ventre puis y colle le bout du nez en criant : y a quelqu'un là-dedans ?? Y a quelqu'un ??

Et inexplicablement ça me fait hurler de rire; et ça marche à tous les coups. Je me sens tellement bien avec lui. Tellement évident que c'est lui, c'est toi, que j'ai toujours cherché, attendu, et nous sommes tellement d'accord sur ce projet d'avoir ensemble un enfant. Je me sens sereine, confiante sur notre capacité à fonder une famille pleine d'avenir et malgré ma légère inquiétude que cela n'arrive pas encore, au fond je sais qu'enfant ou pas, notre amour sera intact et merveilleux.

 

15 décembre : 37,2° enfin !!! Non mais tu te faisais attendre toi !!! J'ai fait l'amour hier et avant-hier avec l'homme de ma vie par anticipation, sachant que ça marche aussi si on le fait à peine un peu avant que toi, Ovule, n'arrive en élevant subitement ma température pour me le dire. 

Ce soir nous nous sommes aimés comme jamais, le calcul ne m'a jamais autant convaincue qu'il ne nuisait en rien à notre désir, et je me suis laissée aller à un plaisir incroyable, peut-être le plus extra jamais ressenti, un orgasme d'une folle intensité, et tellement d'amour pour l'homme de ma vie que si ça marchait ce coup-ci, nous pourrions affirmer que nous avons conçu dans une osmose des sens tout à fait magique...


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Refloraison

A une heure, il est minuit. Absurde, mais en automne 2011 en France, on change encore d'heure. Tradition, économies d'énergie, tout est invoqué, ce n'est pas forcément idiot mais plus je vieillis moins j'apprécie de suivre des règles contre Nature.

J'aime me réveiller avant tout le monde, profiter de ces heures de calme solitude pour écrire, soigner mes orchidées ou commander des cadeaux pour mes proches trop loin de mes bras. Ma belle cousine chérie, la soeur que je n'ai pas eue, va avoir un bébé et j'ai attendu que tout le monde se rue sur la liste de naissance avant de venir faire mon choix. En général, les gens n'achètent-ils pas les cadeaux les moins chers et/ou les plus utilitaires d'abord ? je préfère opter pour les cadeaux de valeur ou qui ne servent pas à grand-chose sauf à garder un souvenir ému longtemps comme ce kit pour réaliser les empreintes de pied et de main de bébé.

L'un de mes chers amis a quitté le pays pour tenter l'aventure en Thaïlande et je n'ai pas répondu à ses appels car j'ai délaissé mon téléphone ces dernières 24h. Ce n'est pas grave. L'amitié n'a pas besoin de voix ni de rendez-vous. Je ne doute pas que tes projets aboutissent et sais déjà que tu ne reviendras pas... Alors moi j'irai te voir, avec mon amour, mon âme soeur, mon meilleur ami, dès lors que tu ne seras plus avec celui que je ne veux pas revoir.

Quitter ce dernier ne fut pas chose simple. Souffrance, rupture, cassure, fêlures, angoisse, torture. Que de mots pour ces maux. Aujourd'hui encore quand une situation, un objet me renvoie à un souvenir, je ne peux m'empêcher de prendre peur, de ressentir de nouveau cette panique indicible, cette perte de confiance, cette douleur, la solitude, l'incompréhension. Et parfois je pleure parce que ça fait mal et que je sais que je ne méritais pas de souffrir autant et je pleure d'avoir enduré cela si longtemps si inutilement et je pleure comme lorsque qu'on plonge enfin sa main brûlée dans l'eau froide. Parce que le soulagement est si vif et mon nouveau bonheur si total que le contraste fait jaillir les larmes des yeux. On s'habitue si facilement à souffrir qu'on a beaucoup de mal à s'habituer au bonheur ensuite.

Mes efforts immenses, mon courage stupide, ou ma lâcheté qui sait, m'ont couverte de cicatrices qui parfois m'élancent et me rappellent que vivre un seul jour sans être heureux c'est gâcher sa vie. 

C'est aussi grâce à toi mon bel amour que j'ai parfois aussi mal. Mais de moins en moins souvent. Toi l'antithèse, la bonté incarnée, la joie, la délicatesse, l'humour et la générosité faits homme. Mes icebergs de douleur fondent et je sens que peu à peu ta douceur et ta gentillesse effacent la crainte, la méfiance, la solitude acide. Je n'ai jamais autant pleuré de bonheur ; quand je souffre et que je te le cache, tu me serres doucement dans tes grands bras et me dis "tu as mal, tu peux me le dire tu sais"... Et pour la centième fois, toutes mes tensions s'évanouissent, le fardeau de cacher mes angoisses, mes frustrations, mes blessures disparaissent, et je me dis encore une fois que tu es mon double, tu me sens, tu me sais, tu me panses et je refleuris à ton contact.

Un jour je guérirai totalement et je saurai tout te dire, j'ai juste encore honte de mes faiblesses, les nerfs écorchés, la peur au ventre que tu me voies telle que je suis parfois, échouée, vidée, apeurée, une loque humaine inachevée. Trouée par de violents souvenirs mais aussi angoissée à l'idée que tu pourrais te lasser de ma reconstruction fragile et me quitter pour plus forte que moi. Et pourtant tu me rassures, je n'ai nul besoin de parler, tu devines tout, tu répares tout, tu comprends et acceptes tout, baume salvateur qui applique les mots justes sur mes failles de confiance.

Je te promets de m'en remettre comme je m'en remets à toi, un jour je refleurirai totalement à l'extérieur pour que tu voies comment tu m'épanouis à l'intérieur d'un bonheur incroyable que j'écris maladroitement. Un jour je n'aurai plus peur que cela disparaisse, je n'aurai plus besoin de confronter l'enchantement de ma vie avec toi à un chemin de croix car je sais déjà que c'est merveilleux. Je sais que je dois faire cela, nous sommes déjà indestructibles et il ne tient qu'à moi de faire l'autodafé de mon passé et de te rendre la complicité dont tu me combles à chaque instant.

 


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