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14/02/06

Vivre quelque part. Avoir des repères, savoir où on est. Reconnaître son environnement, le fond sonore, connaître l'odeur du vent d'ici, le goût de la pluie d'ici, répéter à l'infini des trajets familiers, ouvrir un million de fois la porte d'entrée, être éclairé par ses étoiles qui sont ici et là chaque nuit, et pas ailleurs. Avoir sa famille, ses amis, les gens qu'on connaît et qu'on aime pas, les collègues, et même si on n'aime pas ce mot, avoir ses habitudes.
Un jour, partir ?
Et s'apercevoir avec terreur que ce n'est pas l'aspect définitif de ce déracinement qui nous fait frissonner comme si on découvrait aimer tout ce qu'on avait là-bas. Etre perdu parce que finalement, être, c'est avant tout être quelque part et comme on dit, si mourir c'est partir beaucoup, partir c'est mourir un peu.
Changer de bruits, de couleurs, de formes, d'odeurs, les repères déplacés, les distances ne sont plus les mêmes, du coup les durées non plus, et qui sont ces gens, où sont les miens ?
Finalement : mais qu'est-ce que je fais ici ?
Il n'y a que 2 possibilité : avoir choisi ou ne pas avoir choisi de bouger.
Mais dans les 2 cas le choc est terrible. Que la langue et les droits soient les mêmes n'y changent rien. La porte ne grince pas pareil, voire ne grince plus du tout, les voisins ne rentrent pas à la même heure, on mange la même chose avec un autre goût dans la bouche, le soleil n'éclaire pas pareil, on n'a pas tous ses objets et de toute façon, ils ne sont pas rangés comme avant, on ne connaît pas tous ces gens et les gens ne nous reconnaissent plus...
Quand on a de quoi vivre, du soleil, des amis et du bonheur, il ne faut pas partir. Il faut se déplacer, un temps, mais revenir.
Quand on a une prison dont la porte s'entrebâille, des nuages gris, des amis et du bonheur, on prend ce qu'on peut des deux derniers et on se sauve.
Et si je peux me permettre un conseil, ne quittez jamais votre territoire pour quelqu'un sans envie de le quitter pour vos vraies raisons personnelles. Des raisons intimes et sérieuses. Comme l'indifférence envers votre territoire actuel doublée de curiosité envers l'étranger, ou évidemment un mal-être guérissable par le départ.